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lundi 23 janvier 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 4)



J’te parle du chili? Le fameux chili et la question que tout le monde se pose.
Y a-t-il des haricots dans le chili?


Texas chili: to bean or not to bean?

Tu veux créer une émeute? Subir un torrent d’insultes et te retrouver  accessoirement étalé en tenue de plage sur internet?
Affirme que le chili compte des beans (haricots) dans ses ingrédients.
Le magazine Texas Monthly en a fait les frais récemment, après qu’un de ses journalistes a donné sa recette de chili comprenant des haricots. Les commentaires outrés des lecteurs ne se sont pas faits attendre:

  • « Tu manges dans ton assiette et je mange dans la mienne, OK? »

  • « Blasphème! Hérétique! Philistin! Tu veux cuisiner une soupe aux légumes et à la viande? OK, fais ce que tu veux mais n’appelle pas ça un chili! JAMAIS DE HARICOTS! Et puis quoi encore? Trump président? »

  • « Okay, alors on s’encanaille? Rajoute un bâton de cannelle ou deux! (La suite est difficilement traduisible, mais l’idée c’est qu’il envoie le gars se gifler la tête avec sa propre langue!) »

  • « Ravie d’apprendre que tu as apprécié ce… peu importe ce que c’était, mais on sait tous que ce n’était pas du chili . »

Le courrier des lecteurs atteint alors son apogée avec cette lettre, la dernière, la seule en faveur des haricots: 

  • « Cette idée de ne pas mettre de haricots a été lancée par une poignée de yahoos (ne me demande pas, je sais pas!) en bas, dans ce qui fait tout juste partie du Texas: Terlingua. »

(NDLR: Terlingua est bien située au Texas. Au Sud-Ouest plus précisément. Il s’agit d’une ville fantôme au coeur du Big Bend. Le mystère reste entier sur l’origine de cette secte de Terlingua qui ne mettrait pas de beans dans son chili!)


Ce matin, alors que j’achetais la poudre d’épices pour mon chili, je demande à la vendeuse dont le badge indique sur le revers de sa veste qu’elle est texane:  « Vous mettez quoi dans votre chili?
-De la poudre d’Ancho (délicieux parfum de piment fumé très soutenu), ail, oignon, viande, tomates pelées en dés. 
-Pas de beans?
Elle me coupe la parole et fermement répète « pas de beans »
-Et la viande, coupée au couteau ou hachée?
-Hachée. (ici, la viande hachée du chili est hachée plus gros que celle que l’on connait en France)

Les tergiversations et autres divergences ne se limitent pas à la présence des haricots dans le chili.
  • L'orthographe aussi est un challenge:"chili", "chile", "chilli"?
  • De même, la découpe de la viande est un sujet partagé: viande hachée ou coupée au couteau?
  • Tomates ou pas tomates?
Et les épices et leurs variantes…

Les bases:

  • Apparemment, le top pour la cuisson réside dans le matériel utilisé, ce que l’on appelle un « dutch oven » est recommandé. (Une cocotte en fonte)
  • Un chili bien assaisonné suit une règle simple: 2 livres de viande pour 4 cuillères à soupe d’épices et 4 cups de liquide.

Les piments:

C’est là que ça se corse. Il n’y en a pas un mais tout un assortiment et en plus ils changent de nom selon le mode de préparation! 
Tu crois que le Jalapeño, frais et vert que l’on met dans le guacamole est différent du Chipotle sec et jaune? 
Raté! C’est le même, juste une version séchée et fumée et largement plus piquante!
De même, l’Ancho est la version séchée du Poblano. L’Ancho donne sa saveur au Chili du Texas!

L’Histoire avec un grand H

Finalement à l’origine, à qui doit-on le chili?

Il semblerait que les Aztèques puissent en réclamer la paternité. Les conquistadors espagnols auraient en effet découvert les premiers ragoûts d’épices et langoustes sur des marchés il y a presque 5oo ans. Les piments ne sont pas utilisés à cette époque pour relever les plats mais aussi parce que leur présence permet de stopper le développement des bactéries!

Les Espagnols ont diversifié les viandes du ragoût épicé des Amérindiens en amenant avec eux du bétail au 16e siècle faisant donc évolué le plat. Il semblerait que le premier chili soit tout de même apparu dans une tambouille préparée par un pauvre « Tejanos » (nom donné aux Texans avant l’Indépendance) en 1827 à San Antonio. Le pauvre type qui n’avait rien pour se sustenter mélangeait autant de bas morceaux de boeuf que de piments à son plat pour espérer attendrir la viande et lui donner du goût.

Point sur lequel l’avis des habitants du Nouveau Mexique diverge: 
Ils affirment que les premiers piments ont été cultivés dans leur état au 16e siècle. 
Oui, mais le bétail prenait son essor au Texas à la même époque, répondent les Texans.

Je t’avouerai que je vais passer mon tour, j’ai déjà du mal avec ma ratatouille, je ne vais pas tenter de m’immiscer dans les querelles de clocher Tex-Mex!


La recette

En bref, j’ai trouvé une recette pour un mélange d’épices pour chili dans un de mes bouquins de cuisine. C’est la méthode emmerdement maximum, mais faut c’qui faut:
Il est recommandé de « toaster » 5 Ancho secs entiers, puis 1 cuillère à café de graines de cumin les réduire en poudre dans un moulin à épices (je suppose que le moulin à café dans la famille depuis un siècle exposé sur l’étagère du haut fera l’affaire), ajoute une cuillère à café d’origan mexicain (rien à voir avec le Méditerranéen) et 1/2 cuillère à café de poudre d’ail. Remets tout ça dans le moulin de Grand Mamie,  mouline! C’est prêt! 

Sinon, méthode alternative, la mienne: tu vas au supermarché du coin et tu achètes la « chili powder » de  la marque Gebhardt, du nom d’un jeune immigré allemand qui a fait fortune en vendant sa poudre dans les rues de San Antonio. 
Le jeune gars avait eu vent de la réussite de Kotanyi, un Hongrois qui vendait les épices pour le goulash sur les marchés autrichiens! 
Si tu parles couramment le hongrois, tu sais que « goulash » est dérivé de « gulyas » qui signifie « cowboy » et désigne donc la soupe mangée par les cowboys dans les plaines de Hongrie! C’est fou, non?
Une soupe contenant du boeuf et des épices, cuite dans une grosse marmite à même le feu, mangée par les hommes qui s’occupaient du troupeau. 
Tu veux aller plus loin dans cet incroyable parallèle?
Très souvent le mélange d’épices pour le chili contient du paprika: l’épice phare du goulash!



Pour en finir avec les haricots, j'ai récemment lu une explication possible de la présence des beans dans le chili. Elle pourrait se justifier par les restrictions dues à la 2e guerre mondiale, et non pas à cause de l'hypothétique présence de "yahoos" du côté de Terlingua!
La consommation de viande étant restreinte, les femmes, démerdardes comme toujours, ont donc du trouver une alternative nourrissante. La variante du chili avec les haricots serait donc entrée dans les moeurs, et y serait restée.

La prochaine fois, je te parle d'un de mes plats préférés dans les diners (prononce daïneurz) entre Texas et New Mexico... 



"He is nothing but a damn vegetarian.*" Sam Houston





*Il n'est rien qu'un foutu végétarien




jeudi 12 janvier 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 1)



A l’annonce de notre départ, je me souviens qu’un copain a demandé à l’Homme si j’allais écrire un blog de cuisine texane. A l’époque, j’avais trouvé l’idée saugrenue: « un blog spécialisé dans les hamburgers?! », et j’avais balayé l’idée sans jamais plus y penser. La semaine dernière lors d’une conversation avec ma copine J. la question de ce que j’allais faire de ce blog après mon retour s’est posée. Je suppose qu’en pessimiste avisée, j’ai du expliquer que ce blog allait mourir de sa belle mort à une vitesse à peu près équivalente à celle à laquelle j’allais sombrer dans la neurasthénie à mon retour dans la mère patrie.

Ma copine n’étant pas du genre à se laisser endormir par mes lamentations en tout genre, a répliqué que je n’avais jamais écrit sur la cuisine texane et que je pourrais créer un blog de bouffe vu que c’est une de mes passions « numéro un » dans la vie. 
Il faut avouer que ce n’est pas un hasard si la conversation a pris ce tour-là. Généralement nos bavardages commencent par un tour d’horizon concernant la santé de nos familles respectives, suivi par un « quick check» (un test rapide) météorologique de nos deux domiciles, suivi de nos complaintes politiques françaises, américaines puis internationales si on en a le temps. C’est qu’un point essentiel nous attend: « T’as cuisiné quoi à midi/ au goûter/ ce soir/ Dimanche?

Après un glorieux échange de recettes et d’avis divers et variés, on en vient à s’envoyer nos dernières photos gastronomiques en se congratulant mutuellement sur nos ambitieuses réalisations.

Après un quick check (bis) de mon blog, je constate qu’en effet, je ne t’ai jamais entretenu de mes découvertes gastronomiques texanes. 
Et je pèse mes mots, j’ai bien dit « gastronomiques ». 
Il y a une tradition culinaire texane qui remonte à bien plus longtemps que la découverte de ton premier « Big Mac » et que, oui, l’Histoire avec un grand H, extrêmement riche de cet état, a conduit à une vraie gastronomie, à la différence de certains autres états d’Amérique. 

Je dois reconnaitre que mes débuts ont été rendus un peu difficiles par la confrontation de mes papilles gustatives avec les piments omniprésents dans la cuisine texane. Je n’avais jamais mangé aussi épicé de ma vie. Le Texan mange épicé comme beaucoup des Américains du Sud, et il faut reconnaitre qu’il connait le sujet. 
Mais ne nous perdons pas dans les détails, j’y reviendrai plus tard. 


L’importance de la tradition et du brassage multiculturel

Ce qui rend la cuisine du Texas unique, c’est la succession de six pays souverains sur ses terres. 
Tout d’abord l’Espagne, la France, puis le Mexique, la République du Texas, les Etats Confédérés et pour finir les Etats Unis d’Amérique. 
Ces cultures se sont mélangées depuis plus de 500 ans, comme une bonne marinade pour créer un mélange explosif sur lequel ont été saupoudrées quelques pincées ou plus d’Allemands, Tchèques, Irlandais, Afro-Américains, sans oublier les « Native Americans ». 

Chaque ethnie apportant avec elle, le secret d’une cuisson, d’un ingrédient, d’un plat ou d’une saveur trouvant ses origines dans une contrée lointaine. 
Les immigrations successives ne sont pas les seules responsables de ce brassage: la diversité régionale est aussi un des piliers de la cuisine texane:
  • L’Ouest Texas et son chili,
  • La bande côtière et ses fritures de fruits de mer et ses crevettes au court-bouillon,
  • La tranche de boeuf du Panhandle,
  • Les ribs de porc de l’Est,
  • Les Kolaches de West, entre Waco et Fort Worth,
  • Les saucisses allemandes de Fredericksburg…
L'agriculture, l'élevage et les impératifs dictés par le relief et le climat étonnant pour ne pas dire éprouvant et agressif sont partie prenante de cette diversité.
Le Texan est aussi protecteur de son patrimoine culinaire que le Français du sien. J’imagine la tête d’un Texan devant une pub El Paso à la tv française. J’ai longtemps cru à cause de cette ridicule pub qu’El Paso était au Mexique. Le cliché de la famille mexicaine affublée de sombreros et de fausses moustaches, en train de manger des pseudo-tacos qui soit dit en passant s’effritent et te tombent sur les genoux comme des pauvres miettes: l’horreur totale. Et puis, El Paso est au Texas, bon sang!
Et ne me parle pas fajitas et tortillas qui baignent dans des sauces rouges infâmes et qui sortent de ces boites jaunes, je vais pleurer. 

Ça me rappelle l’histoire de la recette de la ratatouille de Jamie Oliver. Ne te méprends pas, j’adore Jamie Oliver! J’adore le personnage, son engagement et ses recettes, of course! Il y a deux ans de ça, il publie sur sa page Facebook, sa recette de ratatouille. Atterrée par la recette, présentée comme une fantastique recette de « comfort food » pour l’hiver, me vient l’idée dangereuse et saugrenue de commenter pour expliquer, à celui qui est derrière son clavier et qui n’est surement pas Jamie parce que je suis lucide, que sa recette est un ragoût de légumes mais surement pas une ratatouille. 
Il n’a pas fallu deux minutes pour qu’un torrent de haine provenant des groupies de Jamie se déverse sur moi: insultes, menaces, j’ai même constaté qu’une énervée avait fouillé les tréfonds de Google pour coller une photo de moi et expliquait que ma photo prouvait que j’étais évidemment une sale française arrogante. 
Je me suis alors souvenue qu’il n’y a qu’une réponse à opposer aux « haters » d’Internet: surtout NE JAMAIS REPONDRE. Le feu s’éteint généralement de lui-même. 


Sauf quand on se sent investie d’une mission divine. J’ai donc expliqué avec patience et pédagogie comment réaliser une ratatouille digne de ce nom. Au bout de quelques secondes, j’ai compris que leur offrir la recette de ma Mémé, c’était un peu comme donner du lard aux cochons. J’ai supprimé mon poste et j’ai trouvé du réconfort dans l’idée que ces incultes ne connaitraient jamais le goût merveilleux d’une vraie ratatouille de méridionale. 
Viens le ventre vide la prochaine fois, on rentre dans le vif du sujet...

Prochain article: Texas BBQ






jeudi 13 octobre 2016

Le Guide du Texas partie 1




Quand je commence à parler du Texas, de sa beauté et de la variété de ses paysages, tu me connais, je n’arrive plus à m’arrêter. J’en fais des pages et des pages, et je digresse et j’essaye de te prouver par A+B que c’est beau. Quand on me demande si j'ai des conseils de visites, j'ai toujours peur d'en oublier. Je n'ai qu'une crainte, c'est le visiteur déçu. De toute façon si il est déçu, c'est juste qu'il n'a pas vu le Texas que je connais. Je suis un peu comme une maman fière de son rejeton devant l'assemblée des invités: "Allez, montre comme tu es beau et spirituel!"

Tu verras, le jour où certains guides de voyage vont se réveiller. Tu seras bien content de m’avoir écouté et d’avoir visité parce que ça va être la ruée et tous ces petits bijoux bien dissimulés vont être violés par les randonneurs du monde entier peu scrupuleux.
Même si je suis secrètement contente que le Texas ait eu les honneurs des couvertures de certains magazines français il y a quelques mois, je dois te dire que ça m'inquiète un peu. Adieu les plages et les routes désertes, les commerçants calmes et souriants, les aires d'autoroute rutilantes, les texans accueillants...

Laissons croire que les Texans ont la gâchette facile, le coeur de pierre, et le point de vue étriqué, sous peine de voir rappliquer des hordes de touristes sales et mal éduqués.

Et puis, n’oublie pas que, où que tu te tournes, au Texas, la diversité des paysages est à l’image du territoire: immense. 
Des plaines, des montagnes, des forêts, des bayous et du désert, le Texas, plus grand que la France, a de quoi te séduire et t'en mettre pleins les mirettes. 

Demande à un Texan d'où il est, il y a de fortes chances qu'il réponde "Born and raised in Texas, M'am". Il est fier, poli et comme tous les  Texans il aime son drapeau. Et comme tous les petits Texans, il connaît l'histoire de son état. Le State Board of Education, genre de comité de l'enseignement pour le Texas, a rendu obligatoire l'enseignement de l'Histoire du Texas pendant l'année de 7th Grade (5è de collège).
Ainsi les gamins du Texas connaissent les explorateurs qui se sont disputés leurs terres, les batailles qui ont gagné l'Indépendance et les Hommes qui ont compté. La bataille de l'Alamo n'est qu'un détail de ce qu'ils doivent apprendre. Ils jonglent avec la bataille de San Jacinto, celle de Gonzales et son intrépide "Come and take it", ils voient le sang qui a été versé pour leurs frontières, et les hommes qui étaient prêts à mourir pour ce qui n'était encore qu'une terre inhospitalière. Aujourd'hui, je te dévoile ce qui rend le Texan si fier et pour quoi il a fait le sacrifice de sa vie.


Le territoire texan étant immense, il te faudra douze heures pour rallier Beaumont à l'Est à El Paso, à l'Ouest. Nous en sommes les premiers contrariés, à chaque road trip, la question lancinante du "On est sorti du Texas?" revient régulièrement. Si tu as la chance de le traverser du Nord au Sud ou d'Ouest en Est, ton chemin va croiser la Hill Country, et ça, c'est ta récompense...

Texas Hill Country, suivez le guide!

Jacob's Well
 Jacob's Well, le puits de Jacob, une petite merveille de la nature au coeur de la Hill Country. Le puits est profond de 42 mètres, et court sur plus de 1,5km. L'eau y est à 20C toute l'année. Un grillage a été installé à quelques mètres de profondeur pour éviter les noyades. Plus d'un plongeur inexpérimenté a plongé et s'est perdu dans les tunnels du puits.
Quand nous y sommes allés, un groupe de gamins s'amusait à sauter dans l'eau jusqu'à ce qu'un shériff débarque. Telle une volée de moineaux, les nageurs ont disparu dans les buissons en quelques secondes!


Hamilton's Pool
Jusqu'à cette année, il suffisait d'arriver tôt devant le portail pour espérer entrer dans le saint des saints. Puis, deux années d'inondations à répétition ont conduit à une limitation des visites de Hamilton's Pool. Il faut dorénavant prendre rendez-vous pour visiter cette sublime caverne à ciel ouvert. Je te dirais bien qu'il y a eu des noyades récemment qui ont conduit à l'interdiction de la baignade mais j'ai peur de t'effaroucher. Et puis, pas besoin de moule-burnes pour admirer les lieux, bon sang!


Austin, sa skyline et son boardwalk sur le Lady Bird Lake
Austin, t'es trop belle. Tu m'as même rendu jalouse quand l'Homme y a fait une excursion sans moi, avec les copains français, au printemps. T'es belle, t'es cool, tes habitants sont jeunes, ouverts, progressistes. On m'avait dit du mal de toi avant notre première rencontre. On m'avait dit: "Tu verras, Austin, c'est une ville de crève-la-faim. Ils crèvent tellement la faim là-bas, que le gouvernement a du inventer une sécurité sociale juste pour eux." Ou bien:" Austin? T'y vas pour faire tes études. Alors tu trouves un petit boulot, et puis ton petit boulot devient ton boulot et tu finis jamais tes études."
Tu verras dans dix ans, Austin, tous ces cons qui ont la critique facile, tu leur en remontreras quand ils se battront pour venir vivre près de toi.

Mount Bonnell
Parce qu'Austin, elle est pas bête, elle vit au bord de l'eau pour se rafraichir au coeur de l'été texan. Des lacs à perte de vue, des rivières, des sources et le Mount Bonnell pour l'admirer, vu d'en haut.

Barton Springs à Austin
Et dans les sources, on s'y baigne. Une immense piscine à ciel ouvert, creusée dans la roche avec des petites écrevisses (protégées) au fond de l'eau fraîche (ça raffermit).


Zilker Park
Comment ça, si c'est le poumon d'Austin? Austin, c'est pas New York, les gars! On respire partout à Austin et pas que dans les parcs!

Parce que si t'as besoin de respirer, tu peux aller là:

Lady Bird Lake, Austin

 Là:



Ou là.


Et si tu m'écoutes, toi aussi, tu auras envie de dire I love you so much, Texas!


Mais oui, lecteur, je te love beaucoup toi aussi...


T'as noté le "partie 1" dans le titre?
Et oui, y'aura une partie 2. 
Bravo, t'es perspicace! Et impatient, j'en suis sûre...









mercredi 24 février 2016

Hors-la-loi au Texas



Depuis quelques semaines, les enfants ont trouvé une nouvelle occupation. Impraticable en été à cause de la chaleur étouffante, des troupeaux de moustiques et de la pollution, l’hiver s’avère être la meilleure saison pour s’initier au geocaching. Le principe est simple, il suffit de télécharger une application sur son téléphone qui va donner les coordonnées GPS d’un lieu dans lequel est cachée une boîte. Une sorte de chasse aux trésors en quelque sorte. Il y a quelques jours, la traque du trésor nous a mené dans un terrain vague, à cinq minutes de la maison. Il est recouvert d’arbres, de rocailles et surélevé par rapport à la route. 
Deux panneaux sont plantés à l’entrée de ce terrain. Ils nous informent que nous sommes  dans un cimetière.
Un cimetière qui ne comporte que deux tombes. Il s’agit du Riley Cemetery et son histoire reflète bien dans quel coin du monde nous vivons, le far west, le vrai. 
Je vais donc t’emmener sur les origines de la création de mon patelin. Tu pourrais me répondre que tu t’en fous un peu et que tu ne t’intéresses déjà pas aux origines de ton bled, c’est pas pour te pencher sur le mien. La différence, c’est que je ne vais pas t’expliquer pourquoi ton village qui date de 45 ap JC porte le nom d’un vieux saint qui s’est fait arraché les yeux, les doigts et le nez puis écartelé entre quatre chevaux lancés au galop. Non, tu oublies que je vis au Texas: comme dans un vieux western, mon histoire va être peuplée d’indiens, de cowboys et de voleurs de chevaux…

Fort Worth, «  where the West Begins » (FW, là où commence l’Ouest)

C’est vers 1840 que les premiers colons arrivent dans la région. Elle est stratégiquement située entre Fort Worth et Grapevine. Fort Worth est alors la ville la plus à l’ouest de la « Frontier ». La signature d’un accord entre les tribus indiennes et la République du Texas, le « Treaty of Bird’s Fort », assure la quasi sérénité des colons du coin. Il a été signé sur les terres de la ville d’à côté, qui se nomme aujourd’hui Euless, et quand tu vois à quoi ça ressemble, tu as du mal à imaginer des tipis dans le parking du mall. 
Ce traité instaure une ligne infranchissable entre les territoires indiens et les colons. Un général de l’armée, le général Worth, décide malgré ce traité et la paix relative avec les Mexicains de suggérer la construction d’un fort , une sorte de base avancée a un endroit stratégique, au bord de la Trinity River. Le pauvre homme n’a pas le temps de voir son projet achevé, qu’il est emporté par le choléra. Son successeur, pour lui rendre hommage donne son nom au fort qui devient Fort Worth. Elle est alors la ville la plus à l’Ouest de la Frontier, et gagne son surnom de « city where the West begins ».
Evidemment, si tu es comme moi avant mon arrivée ici, Fort Wort t’est inconnue. Juste pour info, sache que la  metroplex de Dallas-Fort Worth est la quatrième plus grande métropole des Etats Unis, et la plus grande du Sud des Etats Unis. On est désormais loin du fort au bord de l’eau.
Bedford, mon bled quant à lui, n’existe pas encore mais les premiers colons choisissent de s’établir dans le voisinage du Fort, pour plus de sécurité. Notamment la famille de Jonathan Riley, tout juste débarqué du Kentucky, qui a obtenu un lopin de terre dans un endroit sauvage qui n’a encore ni école, ni nom. En 1861, c’est au tour de Milton Moore, un colon de Caroline du Nord qui décide de créer la première école. Il reçoit une douzaine d’élèves dans sa « log cabin », sa maison en rondins, un peu à la Charles Ingalls…
Entretemps, la « Frontier » s’est déplacée vers l’Ouest, et le fort de Fort Worth est abandonné par l’armée. Les colons en profitent pour en prendre possession et commencent à fonder une ville: école, commerces, poste, la Southern Pacific Stage Line y a même établi une escale avant la grande traversée vers la Californie.

 Bedford, Texas nommée en l’honneur de Bedford, Tennessee.

Le coin se développe. Notre petite ville de Bedford commence à accueillir des groupes de colons du Tennessee vers 1870, qui nomment leur nouvelle ville du nom, je te le donne en mille, de celle qu’ils viennent de quitter! 
Weldon Bobo (on est passé près du pire malgré tout, ils auraient pu décider de la nommer Bobocity), tout juste arrivé du Tennessee, va ainsi devenir l’heureux  propriétaire du General Store, le receveur des postes mais aussi participer à la création de la première église de la ville. Les conditions requises à la naissance d’une nouvelle ville sont remplies:
Bedford est née.

Le folklore et les légendes peuvent maintenant agrémenter le quotidien de la ville. 
Comme l’Ouest en général, le Texas ne fait pas exception et attire toute sorte de repris de justice, opportunistes, voleurs et hors-la-loi. De Butch Cassidy à Jesse James en passant par Bonnie et Clyde, ils sont tous passés par le Texas. Le jeune John Goldsmith arrive avec ses parents et treize frères et soeurs  en 1870 à Bedford,  et choisit malheureusement de suivre la voie de ses illustres confrères. 
Après sa première arrestation, il est conduit dans la prison de Tarrant County. Il s’en échappe après avoir gravement blessé le gardien. Rattrapé et accusé d’avoir volé un cheval, il retourne en prison. C’est lors de sa deuxième tentative de fuite qu’il est mortellement atteint. Il a 22 ans.
On ne sait pas trop où enterrer le hors-la-loi. Finalement, sa soeur Sarah, épouse d’un fils Riley, accepte qu’il soit enterré sur les terres de son époux.
Aujourd’hui, il ne reste de sa tombe qu’un tas de pierres brisées situé à quelques pas de l'autre tombe du cimetière. La date qui figure sur la pierre tombale est 1899. Leurs descendants eux-mêmes doivent avoir oublié jusqu'à l'existence de ces tombes.

En faisant quelques recherches sur ce cimetière, j'ai eu la surprise de lire un article sur les fantômes de Bedford. Un vieil indien, une jeune femme morte en couches et des hors-la-loi revanchards roderaient à la nuit tombée dans certains quartiers. J'ouvre l'oeil.








samedi 20 juin 2015

Austin, Houston, le Capitole, des lois, des armes et des morts...


Pour la première fois nous sommes allés visiter LA capitale du Texas, Austin.
Pour moi Austin, quand j'étais petite, c'était le nom de famille de Steve, le cosmonaute borgne un peu bling bling des années 80. Quelle découverte donc d'apprendre qu'il s'agit surtout de la capitale du Texas.
Comme tu le sais depuis que j'ai potassé l'Histoire du Texas, je suis intarissable sur le sujet, et en plus je suis bavarde.
Tu as ma permission pour sauter directement au prochain paragraphe si tu ne veux vraiment pas te cultiver un peu et briller en société...

En 1836, le Texas proclame son indépendance suite à la guerre contre Santa Anna, que je t'ai déjà raconté là. Le premier président élu est Sam Houston.

Sam

A la maison, on l'aime bien.
Sam a passé beaucoup de temps dans une tribu Cherokee dans le Tennessee, il a appris la langue et a même été adopté par le chef de la tribu.
Il est le seul gouverneur d'un futur état confédéré à rejeter la proposition de faire sécession.
Autre chose, Sam ne suce pas que des glaçons et ça n'a pas toujours joué en sa faveur...
Bref, il décide d'installer la capitale à Houston, (on n'est jamais si bien servi que par soi-même) alors que l'emplacement n'est pas très judicieux. La ville est près de la mer, et les moustiques pullulent dans les marais, et qui dit moustiques dit maladies...

Sam ne peut se présenter pour un 2 ème mandat, c'est Lamar qui prend sa place (celui-là a beaucoup moins nos faveurs) et ce dernier s'empresse de déplacer la capitale, Houston, vers Austin du nom de Stephen Austin, héros texan, le Père du Texas. Austin est situé près des territoires indiens et est difficile à réapprovisionner.
Ça devait aussi clairement lui arracher la bouche, à Lamar, de dire "Chérie, je vais à Houston pour le week end.". Sinon, sa politique concernant les Indiens est claire: au moins il y en a, au mieux il se porte...
En attendant, la dette du pays est colossale, les guerres enfoncent la petite République. Lamar, ne fait rien pour l'endiguer. Outre se débarrasser des Indiens, il soutient l'indépendance du Texas contre vents et marées et l'expansion du Texas vers l'Ouest...

Sam est finalement réélu après Lamar, il affirme que le Texas, noyé dans les dettes, ne peut pas s'en sortir seul et doit rallier les Etats-Unis.
Il va aussi bêtement tenter de ramener la capitale à Houston...
Les Comanches ont attaqué à plusieurs reprises Austin et les fervents défenseur de Houston pour capitale s'en servent pour stimuler l'opinion.
En 1842, après une brêve incursion des Mexicains en territoire Texan, Houston va saisir l'opportunité et faire charger toutes les archives dans des chariots pour les ramener à Houston, au nez du congrès qui a clairement statué contre!
Toutes les archives sont sur le départ, lorsqu' Angelina Eberly, une habitante d'Austin avec un tempérament de feu, sort de chez elle et se dirige vers un canon placé non loin de là et tire à plusieurs reprises sur les hommes de Sam, en train de déménager!
Les hommes de Houston s'enfuient et les archives sont installées définitivement à Austin...



Donc Austin, est la capitale du Texas, et aujourd'hui, crois-moi, on peut y aller pour le week end, sereins et décontractés, la seule chose qui puisse t'arriver, c'est un coup de soleil!

La façade du Capitole orné des 6 drapeaux ayant flotté sur le Texas




L'Histoire du Texas en sculpture

Vu d'en haut, sous la coupole, les 6 drapeaux, tu les reconnais tous?
La France (les fleurs de lys), l'Espagne. la République du Texas, les Etats Confédérés d'Amérique et les Etats Unis.

Le capitole est superbe et mérite le détour. On l'a visité un dimanche et surprise!





Les sénateurs étaient en pleine session, accompagnés pour certains de leurs rejetons endimanchés en train de dessiner ou pianoter sur leurs tablettes.
La question débattue va te faire dresser les cheveux sur la tête puisqu'ils discutaient de passer une loi permettant de porter des armes sur les campus.
Les panneaux d'affichage sur les côtés portent le nom des sénateurs et permettent le comptage des votes.
Tu seras enchanté d'apprendre que la majorité a voté oui et que dorénavant, les élèves et les profs pourront se rendre en cours, armés, pour pouvoir se défendre au cas ou un fou dangereux ferait irruption. Evidemment, il est tout à fait improbable et ridicule d'imaginer qu'un prof en plein burn out, un élève revanchard mal noté ou le coeur brisé par sa chérie en profite pour décharger son arme automatique en plein cours...

Il y a deux jours, un fou a ouvert le feu dans une église de Charleston, une jolie ville de Caroline du sud, que nous avons visité l'année dernière.

Selon Charles Cotton de la NRA, la faute en incombe au pasteur qui refusait le port d'armes dans son église. "Ces innocents sont morts à cause de sa prise de position dans un problème politique".
"Eight of his church members who might be alive if he had expressly allowed members to carry handguns in church are dead. Innocent people died because of his position on a political issue.”

Obama a pris la parole, déplorant qu'il devait le faire bien trop souvent à son goût pour ce genre de raisons.

"At some point, we as a country will have to reckon with the fact that this type of mass violence does not happen in other advanced countries. It doesn’t happen in other places with this kind of frequency. And it is in our power to do something about it.”

Comme aurait dit Hamlet, "il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark"


Un peu d'histoire (suite)


C'est en visitant l'Ouest que l'histoire du Texas nous a sauté aux yeux. Certaines villes et certains paysages sont fixés dans le temps.

Le diner de Fort Davis, très années 50.

La banque de Fort Davis, sur la rue principale.

Un moulin à vent ici, une vieille banque là, on a visité un vieux fort, le Fort Davis, dont il ne reste pratiquement rien aujourd'hui, mais on a appris l'origine des Buffalo Soldiers, et oui, ceux que célébrait Bob Marley!
Il s'agit des régiments uniquement composés de Noirs qui construisaient les forts, les avant-postes, les routes, utilisés par les familles qui partaient vers l'Ouest.
Suite à la guerre de Sécession, le gouvernement autorise la création de régiments, uniquement composés d'Afro-Américains, des régiments de cavalerie et d'infanterie.
Ce surnom leur a été donné par les indiens en rapport avec leur chevelure noire comme la fourrure des bisons mais aussi pour leur courage et leur ténacité dans la bataille. Souvent menés par des officiers blancs, ils ont gagné leur liberté en combattant pendant les guerres indiennes...
Quelle époque délicieuse!
Quand je te disais que l'Histoire du Texas valait bien la sauvagerie de notre propre Histoire.



Puis on a visité des maisons où vivaient des familles de pionniers, qui quittaient l'Est du pays et décidaient de gagner ces terres où ils avaient l'impression que tout était  possible.
En plein désert de rocailles aux pieds des Guadalupe Mountains, je me suis demandée plus d'une fois comment les femmes survivaient: elles élevaient leurs enfants loin de tout, dans des températures extrêmes, loin de la ville, sans eau courante, sans voisinage.
Pas de place pour la faiblesse.
Dans ce décor, une famille s'y est établie et une fois par semaine, les parents et les enfants cheminaient toute la nuit pour aller vendre leurs produits sur le marché.


Evidemment, on peut se dire qu'en France, certains paysans en faisaient tout autant.
La grosse différence, ce sont les températures texanes, le danger de rencontrer serpents, renards et coyotes et/ou indiens agressifs.
Perso, je n'aurais pas tenu une minute.T'as gagné, Darwin! Je n'aurais pas survécu là-bas: Un bébé malade en plein centre ville et je paniquais, alors au fin fond du Texas...

Le manque d'eau est aussi un problème dans ces contrées reculées. On a souvent croisé ces petits moulins à vent:

Ils sont appelés "windmills", donc la traduction littérale de nos bons vieux moulins à vent, sauf qu'ici, ils sont petits, sont pourvus d'une "tail", le petit gouvernail qui s'oriente selon le vent, et surtout ils servent à pomper l'eau du sous-sol. Un bon moyen d'irriguer son champ et de créer des abreuvoirs pour son troupeau qui se promène sur des hectares de terre.

D'ailleurs, ces grosses bêtes profitent de l'espace qui leur est offert et ont tendance à se mélanger avec les vaches du voisin...
C'est à cette époque que le fil de fer barbelé fait son apparition, permettant aux ranchers de délimiter leurs terres, de protéger leurs bêtes, de protéger leurs champs.
Facile à installer, efficace: inventé en 1867, il révolutionne l'Ouest.

Un ranch à quelques minutes de Bedford

Encore aujourd'hui, lorsqu'on visite le Texas, on découvre ses ranchs immenses, protégés par du barbelé, des champs à perte de vue et des entrées de ranchs imposantes.