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vendredi 30 septembre 2016

L'école américaine partie 4






Comme je te l’ai déjà dit à plusieurs reprises, la vie scolaire américaine est plus divertissante et plus ludique qu’en France. Ici, la vie s’écoule tranquillement au rythme de toutes les activités que l’école propose. Les sports ont la part belle évidemment. Mais, il y a aussi la chorale, les clubs. Et toutes les semaines sont émaillées de petites célébrations en tous genres comme la journée en rose pour le fundraiser (levée de fonds) pour la lutte contre le cancer du sein, College shirt (au cours de laquelle tu dois porter le tee shirt de la fac de tes parents), la journée des crazy socks (porter des chaussettes excentriques et/ou dépareillées), la journée des twins (deux élèves qui s’habillent pareil), la journée déguisée de Halloween), et aussi toutes les fêtes qui viennent se greffer sur la vie scolaire: le Fall festival, le talent show, les courses, je ne te parle même pas des concerts de la Band, les concours de Whiz Quiz (concours de culture générale inter-écoles) et si vraiment t’es branchée religion, les cours de Bible tous les Lundis. 
Ajoute à ça les pep rallys qui reviennent régulièrement, les matchs de foot du Lycée (auxquels toute la ville se rend) et les soirées.  

La semaine dernière, dans la Junior High de mon fils a eu lieu Homecoming.
La première fois que j’ai entendu parler de Homecoming, j’ai cru qu’il s’agissait de la fameuse soirée où les garçons offrent une fleur qui se porte au poignet, à l’élue de leur coeur.
Alors, là, je te corrige tout de suite, c’est pas Homecoming, c’est Prom night. Homecoming a lieu en Automne alors que Prom est une soirée de printemps. Mais là, je ne peux rien dévoiler à ce sujet, n’oublie pas, comme toi, j’ai fréquenté un ennuyeux lycée français dont le bal en avait été banni quelques années auparavant.

Pour info, Homecoming est une fête traditionnelle qui célèbre le retour des élèves à l’école, généralement le lycée. Cette année, l’école de mon fils (oui-oui, celui qui est en Band) qui est en niveau 3è français mais niveau 9th grade ici, y a participé. C’est normal: son école, une Junior High, accueille les élèves de 7th grade jusqu’en 9th grade. Mais la plupart des Junior High s’arrête au 8th grade, ce qui fait donc de mon fils un « freshman », c’est à dire qu’il est en première année de lycée, virtuellement.

Si tu suis toujours, je t’en félicite. Ne t’inquiète pas, l’histoire va décoller d’une minute à l’autre.
Sache que je vais maintenant te raconter quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs en Amérique, seulement au Texas, et ça tombe bien car je suis aux premières loges.

Homecoming a donc été célébré Jeudi dernier par les 9th graders enamourés. Façon poétique de te causer de ceux qui ont les hormones en ébullition. 
Au début de l’automne, chaque année, a lieu un pep rally un peu particulier, (si tu ne sais pas ce qu’est un pep-rally, je ne peux que te vilipender, cher lecteur, et t’enjoindre de relire mes derniers articles sur l’école américaine) suivi du Homecoming game (match de foot) puis du bal, Homecoming Dance. 
Cette tradition qui voulait à l’origine que l’amoureux demande à sa cavalière de l’accompagner au bal de Homecoming en lui offrant une fleur à attacher à son corsage, s’est transformée en un défilé de « Homecoming mums » plus énormes et plus fantaisistes les unes que les autres. Et le Texas, fidèle à l’adage qui veut que tout soit plus gros ici (« everything is bigger in Texas »), a bien fait évoluer les choses.
A première écoute, je me suis demandée pourquoi on mêlait les mamans aux rencontres lubriques d’après-bal. Il s’avère, lecteur avisé, que les mums sont aussi des fleurs,  les chrysanthèmes.
Pour en revenir à notre amoureux qui compte bien aller au minimum en troisième base ce soir, il a donc deux choix qui s’offrent à lui concernant l’acquisition de la mum: 
-il demande à Maman de la faire. 
-il demande à Maman de l’acheter. Et la maman de se tourner vers une professionnelle de la Mum. Car oui, c’est un métier. 

Sache que le garçon peut lui aussi recevoir une mum qui s’appellera une « garter », une jarretière qu’il porte à son bras et qui est généralement assortie à la mum de sa date (à prononcer « dèïte » et se traduit par « son rencard »).

Venons-en maintenant au prix de la guirlande: de 60 à 300$.
Imagine toi, une décoration composée de rubans aux couleurs de l’école, qui est suspendue autour du cou de la gente demoiselle, et qui comporte des leds (oui, leds, comme dans un magasin de luminaires, il n’y a pas d’erreur) des ours en peluches, des noeuds plus ou moins conséquents (plutôt plus), des enceintes pour le son et à l’occasion des clochettes.  L’évolution de cette tradition est réellement « out of control » (hors de contrôle) d’après les dires de mes indics texanes...



Je te sens dubitatif, je comprends. 
Que ce soit clair, il ne s’agit pas d’une tradition confidentielle, qui n’aurait cours que dans un lointain et obscur coin du Texas. Il s’agit bel et bien de quelque chose d’important et de très suivi. 

Certaines de mes amies texanes m’ont fait part de leurs doutes concernant le bon goût et l’utilité de la chose. Un peu embarrassées, certaines d’entre elles ont même suggéré que ça ne risquait pas d’arriver en France. Pour ma part, si on me promet des matchs de foot, des graduations, des pep-rallys, des bals et des quaterbacks, je veux bien refaire tout le lycée avec tout le merdier suspendu autour du cou, pendant trois ans sans problèmes. 

Le point vocabulaire

Je vais saisir l’occasion de ce billet concernant la période délicieuse et ingrate qu’est l’adolescence pour te donner quelques infos précieuses de vocabulaire au cas où, lecteur, tu aurais:
1/moins de vingt ans 
2/serais parent d'un "moins de vingt ans"
3/ ou aurais prévu de te réincarner en teenager américain dans ta prochaine vie. 

Si on te pose la question « Did you french her ? »
Sache que l’on ne parle pas manucure. Il y a de fortes chances que ton interlocuteur fasse référence au french kiss. 
A traduire par « t’as mis la langue? » 
Question posée à répétition au lendemain de Homecoming, j’ai mes sources. Note que le Français a donc un verbe pour l'honorer sur la question technique du « comment aller en première base? » et ça ravit notre orgueil de Latin Lover.

C’est avec une grande délicatesse que je vais traiter maintenant de la question du Zoum zoum zang.
Si on te pose la question  «  Did you go to first/second/third base yesterday? »(t’es allé en première/seconde/troisième base hier?)
Cette référence sportive, plus précisément de base ball, n’a aucun rapport avec un quelconque loto sportif. Il s’agit de la zone géographique où se sont focalisées les attentions de l’amoureux transi qui t’a offert une Homecoming mum de compétition et qui s’attend à ce que tu lui prouves ta reconnaissance à l’arrière de la Mustang. 
Je laisse à ton imagination fertile le soin de t’indiquer à quoi correspondent les bases, sachant qu’en première base, comme au base ball, les coups en-dessous de la ceinture ne sont pas tolérés…





jeudi 9 juin 2016

Le Lauréat



A la fin de l’année scolaire, c’est à dire le 25 Mai, dans notre district scolaire ont eu lieu les « Graduations »: la remise des prix pour les élèves de lycée qui ont glorieusement fini l’année. Si tu me lis régulièrement tu sais que nous sommes outrageusement jeunes surtout moi et donc absolument pas concernés par des enfants en âge d’aller au lycée. 
Cette expérience risquait donc de nous passer sous le nez, si l’une de nos amies n’avait pas eu la géniale idée de nous inviter à la Graduation de son fils. 
Autant te dire que, comme d’habitude, en Amérique, tout est réglé au millimètre près et que nous n’avons pas été déçus. 
Tout a commencé par une jolie carte d’invitation reçue au courrier. Le diplômé en question, beau gosse, ne sourit pas sur les photos qui ornent l’invitation et «  gives it all to the camera », (« donne tout à l’appareil ») comme nous l’explique sa mère en riant. Il a 17 ans mais quand il sourit, il ressemble au petit garçon de 8 ans que j’ai aperçu sur des photos. 
La cérémonie va se dérouler dans le Convention center de Fort Worth.
Il pleut depuis des jours et le matin de la cérémonie ne déroge pas à la règle, il pleut des trombes d’eau, on patauge dans le parking, le Texas est sous l’eau.  

Convention Center de Fort Worth avant l'arrivée des Seniors


En entrant dans le Convention Center, on comprend qu’ici la Graduation, c’est du sérieux. 


On devrait peut-être s’en inspirer en France. 
Tous les ans, au mois de Juin, Jean-Pierre Pernaut et ses collègues, visionnaires, te présentent les révisions du bac selon les cancres et les cracks qu’ils auront dégottés. 
Comme tous les ans, tu rencontreras ainsi le plus jeune élève puis le plus vieux à se présenter à l’examen. 
Le jour J, on va pénétrer à l’aube dans la cuisine de la famille Machin pour partager le petit déjeuner de vainqueur préparé avec amour par les parents Machin super stressés, pour leur progéniture ensommeillée. 
On filme même les jeunes en retard, les premiers à sortir, et quelques semaines après, les larmes et les cris de joie des reçus, le désespoir de ceux qui vont à l’oral, etc… 
Tout ça généralement sur fond de polémique annuelle, la fameuse polémique du « bac qui a perdu sa valeur » à coup de pourcentages sur les réussites et les échecs de nos lycéens, des lycées privés, publics, selon les académies, l’influence de la météo sur les révisions, le blabla insipide habituel. 
Tout le monde va y aller de sa petite critique et finalement ceux qui ont le bac vont affirmer à ceux qui le passent que l’on ne peut rien faire sans, et ceux qui le passent vont se demander pourquoi se casser le train à le passer si ça ne veut plus rien dire. T’avoueras que c’est moyennement motivant d’entendre que le bac c’était plus difficile y’a 20 ans, surtout qu’il y a 20 ans, quand on révisait, on révisait. On n’était pas partagé entre la 2è Guerre Mondiale, Instagram et Snapchat. Et je te ferais aussi remarquer que les jeunes d’aujourd’hui ont quand même 2o ans d’histoire en plus à se coltiner, par rapport à y’a 20 ans. CQFD.
Tu vois, tu peux éteindre ta télé, je viens de te faire gagner un temps fou, je viens de te raconter les infos nationales du prochain mois. 

Pendant ce temps, ma copine américaine a créé ses cartons d’invitation, acheté  la cape noire de son fils, le Graduation hat et le tassel, le couvre-chef carré et le pompon qui fait loucher. L’école a retenu le Convention center de Fort Worth de 14 à 16h. La Band a répété sans ses membres habituels. Lorsque nous entrons, elle est déjà installée et constituée des élèves qui ne "graduent" pas, et la salle est pleine comme un oeuf,  remplie de familles et amis, présents pour applaudir les jeunes.

Les seniors, c’est à dire les élèves de Terminale sont tous habillés très classe pour l’occasion: les filles surtout n’hésitent pas à porter des robes de soirée et des stilettos, qui seuls sont visibles sous la cape.

Les Seniors qui se sont distingués cette année prennent place sur la scène avec tout le gratin du Lycée. On a reçu un programme nous expliquant le déroulement de la cérémonie. Je ne sais pas qui a eu la présence d’esprit de nous pondre le livret, mais je le remercie intérieurement. On y trouve l’identité des intervenants, les paroles de la chanson de l’école et surtout à quel moment nous devons nous lever et nous assoir. Je repense à ces moments de solitude les rares fois où je me pointe à l’église en France et je me demande pourquoi c’est pas pareil.

Discours du Valedictorian

Les dix meilleures élèves de la promo sont cités et le valedictorian et salutatorian, major et second de la promo montent au pupitre à tour de rôle et nous lisent leurs discours.
Autant te dire qu’à 18 ans, je ne connais pas grand monde dans mon lycée qui aurait été capable de pondre un truc pareil. Quelle maturité! Quel à propos! J’en suis toute retournée. Je verse même une larmichette quand la salutatorian nous explique qu’elle est ravie d’avoir si bien réussie notamment pour en remontrer à celui qui, quelques années auparavant lui avait prédit qu’elle ne ferait jamais rien pour deux raisons remarquables: « T’es une fille et t’es blonde ».
Elle est aussi très fière de montrer que la moitié des dix meilleurs élèves de Trinity High School sont des filles, à ses côtés, sur l’estrade. Elle nous explique aussi, qu’elle avait secrètement un autre challenge: perdre du poids. Elle pèse donc 20 kg de moins qu’en Août dernier, elle sourit de tout son bonheur et finit son discours par des remerciements. « Ma famille, mes amis, mes professeurs et Jésus-Christ »
Je me retourne vers l'Homme qui reste impassible alors que je glapis dans son oreille: « Jésus Christ? »
Elle a le bac et remercie Jésus Christ? 
Le mari de ma copine se retourne vers moi et me jette un regard réprobateur au moment même où je demande à l'Homme si on est dans une secte. Mes paroles se perdent dans l’ovation que la salle fait à Jésus. 
S’ensuit le discours du major de promo dont le meilleur pote a dit de lui pour l’introduire derrière le micro, « Je le respecte surtout parce qu’il est le mec qui sort avec Anna Smith ». Ce que j’ai trouvé fort drôle. Il est temps d’appeler un par un les élèves pour en faire des diplômés. Le diplôme leur est remis, une photo est prise, ils défilent sur la scène. Les joueurs de foot sont ovationnés par toute la salle. C’est sûr que c’est moins intime que la remise de notre propre diplôme, quelques années en arrière, remis par une secrétaire grincheuse qui regrettait sa matinée à la plage, dans une salle de classe surchauffée, dans laquelle il n’y avait ni photo ni trompette. 
De toute façon, on n’imaginait pas qu’il y avait une autre façon de célébrer le bac : en buvant une sage coupe de champagne avec les parents soulagés avant de se rendre à une Happy Hour titanesque, répétée toute l’année, au son de « Smells like teen Spirit». Et où l’on s’en remettait plus à Nirvana qu’à Jésus pour sûr. 

Il est maintenant l’heure de jouer l’hymne de l’école et on se lève tous comme un seul homme: le drapeau de Trinity High School traverse le carré des diplômés, tout le monde le pointe du doigt en reprenant le refrain, T’S UP!


Le drapeau de Trinity HS traverse la salle sous les ovations

L’émotion est à son comble, les élèves peuvent changer le pompon de côté, ils sont officiellement diplômés. Ils peuvent maintenant jeter leur graduation hat en l’air, j’ai les larmes aux yeux, ma copine aussi. Mais pas pour les mêmes raisons. Elle pleure son premier bébé qui va quitter la maison, je pleure parce que c’est beau comme un film!
Quand on sort du Convention Center, la pluie a cessé, le soleil brille, il fait 39C. 
Class of 2016, que votre avenir soit aussi radieux et aussi heureux que cette journée!