mardi 3 mars 2015

Memphis, TN (la suite)







Impossible de ne pas trouver quelque chose de bon à se mettre sous la dent à Memphis: ici,on mange bon et bien. On se trouve sur un territoire où, comme au Texas, on ne plaisante pas avec le barbecue.
Comme au texas, on ne trouve pas UNE seule sorte de BBQ.
Mais des variantes selon la région d'origine du cuisinier.
Et comme dans le Sud de la France, où l'appelation gastronomie provencale est souvent usurpée par des "cuistos" qui croient qu'il suffit de saupoudrer des pseudo-herbes de Provence sur un plat, le BBQ peut s'avérer une pauvre grillade épicée alors que le barbecue Texan, le vrai, est un Art...

Sur les sites de BBQ, indiquant les dates des prochaines compet' et recommandant les meilleurs endroits où se régaler, on trouve invariablement, le nom de la personne au fourneau, le "pitmaster" et la méthode utilisée: c'est à dire, le bois: mesquite, chêne, ou autre... et le style de cuisson, avec cuisson directe ou indirecte.
Ici, on ne jette pas ses chippos comme des sauvages à l'aveuglette sur la grille, non, môsieur.

On se lève a l'aube, on enduit, on masse, on frictionne, son morceau de viande avec amour et la sauce élue, on le dépose avec délicatesse dans son fumoir, on le fait cuire, pendant de longues heures et on le surveille tout au long de la journée.

Et 12 heures plus tard:

Pitmaster: Matt
Method: indirect heat pit, mesquite

Thanks to OUR pitmaster, Matt!


La cuisson d'un brisket digne de ce nom prend une douzaine d'heures, un morceau de boeuf, tendre comme une bise que tu ferais a ta grand-tante, et une saveur à se damner...
Oui, tu vois, j'ai percé la réalité de la cuisine texane, je suis convertie et seul l'indélicat non initié peut se permettre de critiquer la cuisine du terroir texan.

L'essentiel du BBQ est le "rub". La sauce, qui peut être "wet" ou "dry" un mélange d'épices et aromates ou une marinade, appliquée au pinceau.
On mange avec les doigts et on s'en met partout mais c'est un vrai plaisir.


Le Rendez-vous et ses ribs 

A Memphis, lorsque l'heure du repas sonne, c'est Le Choix de Sophie: les adresses se bousculent et il faut faire un choix super difficile ... ribs? brisket? wet rub? dry rub?
Nous avons élu en premier Le Rendez-vous, recommandé par le Routard, les ribs sont servies avec haricots et coleslaw, et c'est un dry rub.

La queue devant le resto nous a fait désespérer au début, surtout que la fumée du BBQ ne fume pas que la viande mais aussi toute la rue. Puis, on a fait comme les autochtones, on a bu en attendant notre tour, en contemplant la jeunesse dorée de Memphis s'encanaillant dans ce bouge, habillée de costards et robes de soirée dignes de Prom'night dans Grease. Le resto est immense contrairement à ce que laisse supposer l'entrée.



C'est après le resto que c'est réellement posé le problème: est-ce sage de faire un tour sur Beale Street avec les enfants?
Je ne vais pas te laisser dans ce suspens insoutenable, nous sommes des parents indignes et même si la file de gens qui attendaient de se faire fouiller au barrage de police pour rentrer sur Beale street nous a refroidi au premier abord...
En fait, la culpabilité n'a pas duré et après la file et la fouille, on est rentré sur ce boulevard incroyable.
Si tu as regardé La Firme, tu sais de quoi je parle: tu vois Tom Cruise qui fait des saltos au milieu de la rue?
Ben, voila, c'est Beale St...
Des bars, de la musique, une ambiance incroyable dans la rue, les gens qui dansent et pas mal d'autres en état d'ébriété avancée, mais dans la bonne ambiance, sous l'oeil de la police...



La musique est omniprésente et cette ville mérite le détour.
Sa pyramide, réplique à 60% de celle de Kheops, son pont emblématique sur le Mississippi, ses bars incroyables où les groupes se succèdent, et même une paroisse où le dimanche, c'est le révérend Al Green, le seul et l'unique, qui officie. C'est un peu étonnant, mélange de transes vaudous et de gospels envoûtants, les femmes sous des chapeaux incroyables racontent leurs expériences spirituelles uniques avec une ferveur impressionnante avant d'entonner des chants d'amour et d'espoir.

Un bon nombre de films a été tourné à Memphis, notamment La Firme, avec Tom Cruise et Gene Hackman, et oui, on a réussi à retrouver la maison de Tom et Jeanne Tripplehorn dans le film. Les proprios l'ont repeinte en jaune et on a eu du mal à la reconnaitre!



J'espère pouvoir retourner à Memphis un de ces jours. La visite n'est pas complète. Peut-être te demandes-tu pourquoi Elvis n'a pas fait partie de la visite. Il a fallu faire un choix, Memphis était la dernière étape d'un incroyable voyage de trois semaines et l'entrée de Graceland de 36 à 77$ par adulte était vraiment trop chère.
Pas grave, on a trouvé son QG, l'Arcade,






Et on aura toujours Eddy...



mercredi 18 février 2015

Memphis, TN



Memphis, une étape phare du voyage.
Memphis et la musique, Memphis et sa cuisine mais avant tout Memphis et l'Histoire.

Impossible de passer par Memphis sans visiter le National Civil Rights Museum, installé dans le Lorraine Motel.


Une étape pour essayer de mieux comprendre le pays dans lequel nous vivons. Nous sommes au coeur de l'histoire de la lutte des Noirs pour les droits civiques.
C'est à ce balcon que Martin Luther King a été assassiné le 4 Avril 1968. L'un des rares hôtels de la ville qui accueille les gens de couleur et où MLK est accepté avec son équipe.
Le lieu a été transformé et abrite maintenant un musée fort bien fait dans lequel nous sommes restés des heures, laissant les groupes nous rattraper et nous dépasser.

Extrêmement riches, claires, les salles se succèdent et l'on y croise dans le désordre l'histoire de l'esclavage, le bus dans lequel Rosa Parks a refusé de céder, le dinner de Greensboro dans lequel les Noirs sont interdits mais où le 1er Février 1960, 4 étudiants ont bravé l'interdiction sous les insultes, les crachats puis les violences de la population, ou encore la reconstitution exacte des événements ayant mené aux violences policières sur le célèbre pont Edmond Pettus (du nom d'un général confédéré, grand dragon du KKK) à Selma en Alabama...


On y visite la chambre dans laquelle le révérend King a passé sa dernière nuit où il a chahuté avec son frère et ses proches amis dont le révérend Jesse Jackson.

Il s'était rendu à Memphis dans le but de soutenir la grève des éboueurs Noirs de Memphis. Un salaire moindre, des conditions dangereuses et insalubres, deux travailleurs viennent d'être assassinés, des manifestations non-violentes proclamant "I am a man" éclatent, auxquelles King veut se joindre.



Il va prononcer son dernier discours la veille de sa mort, dans lequel il fait une allusion à sa possible disparition.

"Il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. J'ai regardé autour de moi. Et j'ai vu la Terre Promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que notre peuple atteindra la Terre Promise."


Juste quelques chiffres et infos glanées dans ce musée:

Au moment de la ratification de Déclaration d'Indépendance, 20% de la population était en esclavage.

L'auteur de la Déclaration d'Indépendance (oui, là où c'est écrit que les hommes ont été créés égaux)  est Thomas Jefferson, qui a possédé quelques 600 esclaves dans son domaine.

En parlant d'esclaves: quand vous êtes esclave, vous êtes kidnappé, marqué au fer rouge, vous êtes entassé, nu, dans des soutes de bâteaux, pour un voyage de trois mois, nourri selon les réserves, malade de la dysenterie, malaria, scorbut ou autres...
Vous avez une chance sur cinq de mourir avant d'atteindre les Amériques.

Pour finir, l'extrait d'une lettre qu'un de ces jeunes de Greensboro a laissé à ses parents avant de rejoindre ses copains de lycée pour un sit-in.

"Chers Maman et Papa,
Au moment où vous lirez ça, je suppose que vous serez tristes et probablement en colère... Essayer de comprendre que ce que je suis en train de faire est juste.C'est pas comme si j'allais en prison pour vol, meurtre, etc... mais nous le faisons pour le bien de tous les Noirs. Vous devez comprendre que je dois prendre des décisions par moi-même maintenant.. Alors essayez de voir les choses à ma façon et donnez-nous, à la jeune génération, une chance de faire nos preuves, s'il vous plaît. Et surtout, ne vous inquiétez pas et priez pour nous." Clarence Graham, 18ans, 31/01/1961




jeudi 12 février 2015

Nashville, Tennessee




Arrivés à Nashville, le road trip prenait une nouvelle saveur. On arrivait dans le berceau de la musique américaine. 
On s'était fixé trois impératifs à Nashville:

Aller écouter un concert au Grand Ole Opry, salle de concert mythique
Déambuler dans Broadway le soir
Visiter le Country Music Hall of Fame and Museum

Le premier soir, à peine arrivés, nous avons foncé, billets en poche, au Grand Ole Opry.
Depuis 1925, tous les samedis, les concerts du Grand Ole Opry sont diffusés en direct à la radio. Tout comme la Country music, cet endroit n'est pas populaire en France. Ici, c'est un monument et souvent les américains évoquent cette émission sacro-sainte, écoutée en famille à la radio et dont tout le monde parlait le lundi matin.
Nous n'allions donc pas manquer ce rendez-vous, même si la plupart des artistes du début de soirée sont des inconnus. Nous avons été conquis d'emblée par le lieu, un amphithéâtre à taille humaine et l'ambiance super chaleureuse.
En première partie, des chanteurs venus d'un peu partout et qui partagent leur musique avec passion. Des groupes formés de parents, enfants, cousines et soeurs. Tous ensemble pour communier autour du micro. De temps en temps, l'animateur de la soirée apparaît sur un coin de la scène pour lire des réclames, comme au bon vieux temps. 

Un court extrait qui donne un aperçu de la salle et surtout de ce groupe ultra sympathique, quatre soeurs accompagnées de leur père au piano, qui a d'ailleurs décrété:
"Dieu m'a donné trois choses dans la vie, quatres filles, une salle de bain et la patience..."





Puis, en deuxième partie de soirée, les vedettes: Jerrod Niemann, Randy Houser et Lee Brice.
Leurs noms ne vous diront rien mais, quand ils sont arrivés sur scène, les filles se bousculaient devant la scène pour les prendre en photo.

Pour les curieux, voici le clip du tube de l'été dernier de Lee Brice, filmé en partie dans le Grand Ole Opry:





Nous avons aussi déambulé dans Broadway, la rue animée de Nashville le soir; les bars se succèdent, la musique est omniprésente et l'ambiance est super agréable. Accompagnés d'enfants, il est impossible de rentrer dans les bars mais la plupart ont des groupes en terrasse. On appelle ces bars des honky tonk, si tu n'aimes pas la Country, cette ville n'est pas pour toi!
Les thèmes des chansons sont toujours les mêmes: l'amour, les femmes mais aussi l'alcool, les bars et les voitures.
Je ne pensais pas un jour écouter de la Country mais finalement, j'aime ça, c'est une musique super entraînante et j'adore les voix de femme; si tu te décides, écoute  ma préférée Kacey Musgraves, Brandy Clark ou des stars comme Miranda Lambert ou encore un groupe comme Little Big Town  qui a décidé de donner à l'apéro sa vraie dimension avec sa chanson Day drinking...


Le Batman Building qui domine Nashville et Broadway

Country Hall of Fame and Museum, sa visite était incontournable et nous l'avons tous apprécié, ce qui n'est jamais évident accompagné d'enfants. Le Routard nous promettait une visite ludique et interactive. En effet, ce qui pourrait s'avérer barbant et longuet passe finalement très bien.

Fresque du Country Hall of Fame
La fin de l'esclavage, les premières machines dans l'industrie du coton, le manque de travail qui pousse les gens vers les villes, la misère, la désertification d'une partie des grandes plaines à cause de l'agriculture intensive, la population des campagnes, afro-américaine ou blanche, qui se retrouve dans les grandes villes du Sud, et les différents styles de musique qui se croisent, s'enrichissent et se développent.

La Country à Nashville, le Blues à Memphis, le Jazz à La Nouvelle Orléans...


lundi 9 février 2015

Plus trash que Fifty Shades of Grey

Indiana Jones et le Temple Maudit.
Oui, deux sollicitations cinématographiques successives, je sais que tu peux le faire. Tu vas voir où je veux en venir.
Visualise la scène où la blonde évaporée vêtue d'un déshabillé en soie saumon, emprunte un couloir sombre et plutôt inquiétant, jonché de cafards, cancrelats et autres insectes grouillants et rampants et déclare: 
"Je sens que je vais encore me cochonner!"
Oui, crois-moi je te donne cinq petites minutes pour te sentir cochonné, toi aussi.

Ni corde, ni martinet, ni fouet, ici tu pénètres dans le Fifty Shades du roadtrip. Je vais te parler de chambres d'hôtels, de draps froissés et de lits défaits, la différence avec l'événement cochon planétaire de la St Valentin 2015, c'est qu'avec moi, tu vas regretter les détails... 
Je te donne moins de dix secondes pour commencer à te gratter.
Tics, puces, moustiques, punaises, je vais te raconter qui sont ces cancrelats assoiffés de sang qui courent dans nos lits d'hôtel à la nuit tombée. Maintenant que tu me sais capable d'amputer une mouche à quinze mètres avec mon 9mm, bon grosso merdo hein, tu vas apprendre que je me laisse finalement déborder par infiniment plus petit que moi.

Toi, qui comme moi souffres de ce besoin irrépressible, à l'hôtel, d'ouvrir les draps sauvagement, du revers de la main, histoire de surprendre un poil, un cheveu ou un parasite ne t'appartenant pas, tranquillement lové, au chaud, au milieu du lit, sache que ça ne sert à rien contre les punaises de lit. 
Enfin si. Si tu veux les éradiquer en les faisant mourir de rire.
La punaise de lit, car c'est bien d'elle que nous allons disserter aujourd'hui, ou bedbug en anglais, est un petit parasite timide qui ne sort qu'à la nuit tombée. Elle aime te surprendre dans ton sommeil. Elle a la politesse de s'attaquer à n'importe quel hôtel, de façon très démocratique, du palace à l'Auberge du Torchon Sale. Elle adore voyager et se glissera avec affection dans tes bagages pour te suivre au chaud dans ton logis. 
Elle niche, avec ses copains, copines, famille et enfants dans les boiseries des lits, dans les plinthes, dans les recoins des matelas à l'abri de la lumière. C'est avec un enthousiasme débordant qu'elle se reproduit, la cochonne, puisque cette fornicatrice peut produire jusqu'à quinze oeufs par jour. 

Oui, c'est un grand bonheur que de croiser sa route. J'en ai beaucoup appris sur moi grâce à elle. Par exemple, je sais maintenant que je préfère dormir sous une tente surveillée par un alligator que dans une chambre prise d'assaut par des punaises.
Je suis beaucoup plus hystérique. 
Surtout qu'à la première rencontre, finalement, c'est comme pour tout, tu ne sais pas vraiment qui est en face de toi. Son gros ventre tendu et bombé de 5mm te met quand même la puce à l'oreille, passe-moi l'expression. Et puis, quand assailli par un doute angoissant, tu te décides à éradiquer la nouvelle venue sur les post-it gracieusement fournis avec les punaises de lit dans la chambre, tu n'es finalement pas très surpris que le résultat t'indique que, oui, la bête a déjà sucoté l'hémoglobine du visiteur précédent...

Je vais passer sous silence le branle-bas de combat affolé qui a suivi, ainsi que la découverte qu'elle n'avait pas hésité à appeler quelques copines, pour une petite soirée pyjama... 
Nous avons fini la nuit dans une autre chambre, à un autre étage, pas vraiment sereins, mais surtout vierges de toute piqûre...
Nous avons décampé super rapidement au petit matin, bien décidés à planter la tente et à dormir au mieux dans nos matelas et au pire dans nos acariens...
Mais bon, ça c'est ce que l'on croyait.



jeudi 5 février 2015

"Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage, surtout le faire boire". Ernest Hemingway


La semaine dernière, j'ai fait quelque chose dont je voudrais te causer.
Comme tu le sais, si tu suis assidûment mes aventures, j'habite au Texas.
Avant de vivre ici, je croyais que le Texas, c'était aride, chaud été comme hiver, peuplé de gens en bottes et chapeaux, qu'ils faisaient tous du cheval au milieu des vaches et des puits de pétrole, avec leur flingue passé à la ceinture.
Bon, et bien, comment dire, ce n'est pas tout à fait ça...
En vrai, il arrive qu'on se caille sérieusement les miches en hiver.

Alors avant de te raconter les deux événements marquants de ma semaine, pour planter le décor, je vais tenter de rectifier ta vision du Texan, si comme la mienne, elle était erronée.

Alors, oui, les Texans portent des bottes, quelquefois, homme ou femme, avec glamour ou pas, le samedi ou en semaine, et moi, je trouve ça beau.
Note qu'ici, on ne connaît pas le mot "Santiag", des bottes au Texas, ce sont des boots, pas la peine de préciser, on sait tous de quoi on parle.

Pareil pour les chapeaux. Ils ne sont pas réservés à ceux qui font les malins à cheval, ici, tout le monde en porte, parce que l'hiver, ça tient chaud à la tête et l'été, ça aide à garder la tête froide, et ça c'est important, tu vas bientôt comprendre pourquoi...



Au Texas, il n'y a pas que des déserts, c'est aussi verdoyant,


et ça tombe bien parce qu'il y a des vaches à nourrir.




Non, les Texans n'ont pas tous leur arme passée dans la ceinture, parce que d'abord c'est pas confortable, et puis, en plus, au Texas, c'est interdit.
Mis à part pour mon voisin d'en face qui lui a la panoplie complète, boots, chapeau et flingue dans son holster, mais c'est pas pareil, c'est un Texas Ranger, un vrai. Et au cas où on te poserait la question au Trivial Pursuit, c'est Stephen Austin qui a créé cette milice pour protéger les premiers colons du Texas contre les indiens Karankawas.


Même pour une personne détentrice du CHL (Concealed Handgun License), les lieux où il est autorisé de porter une arme CACHEE, sont peu nombreux. Par contre, les personnes possédant une arme mais pas le CHL, peuvent garder leur arme dans leur maison comme dans le vide-poches de leur voiture. Ce qui explique probablement le flegme des conducteurs américains grâce au lien intime entre "chaleur-chapeau-vide-poches" ou encore "klaxon-sourire-vide-poches".

Un foyer américain sur trois possède une arme à feu. Je ne connais pas les chiffres au Texas, mais en parlant avec les gens d'ici, il apparaît que très peu n'ont pas d'arme. En fait, je n'ai rencontré qu'une personne n'ayant pas d'arme chez elle: ma proprio, et elle nous a chaudement recommandé de ne JAMAIS entrer dans la cour d'un voisin à la nuit tombée.
Nos voisins, nos amis ou connaissances déclarent assez facilement posséder une ou plusieurs armes.
Il y a deux ans de cela, un prisonnier a été transporté sur une ligne régulière encadré de deux Marshals, pour être transféré. Son comportement a nécessité un atterrissage d'urgence à Dallas et les deux Marchals ont décidé de finir la route en voiture. A la sortie de l'aéroport, ils se sont arrêtés dans un centre commercial pour acheter des sandwichs. L'un des deux est resté à la voiture avec le prisonnier pendant que l'autre faisait les achats.
Il n'a pas fallu plus de quelques minutes au prisonnier pour arracher les lunettes du Marshal, lui entailler la carotide avec et filer en clopinant, pieds et mains entravés par les chaînes. Le tout filmé par les webcams du parking.
La traque a duré une semaine.
Il a finalement été abattu par la police alors qu'il squattait une maison sur les bords du Grapevine Lake, à quelques minutes de route de chez nous.
Certains de nos amis ont reconnu avoir dormi cette semaine-là avec leur arme près du lit.

C'est le deuxième Amendement de la Constitution qui leur donne ce droit: "Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé".

Evidemment, tout le monde a en tête les tueries innommables qui ont eu lieu aux Etats-Unis.
D'un côté, ceux qui soutiennent que des personnes armées dans les écoles arrêteraient le tueur avant qu'il ne fasse des victimes, d'un autre, ceux qui soutiennent que le pays compte bien trop d'armes.
Il y a aussi tout ce que l'on entend aux infos ici. Une jeune femme qui a eu un accident de voiture l'année dernière et qui est allée taper à la porte de la première maison sur sa route. Le propriétaire a eu peur et a tiré à travers sa porte...
Ou encore, ce gars qui après une fête un peu arrosée dans le centre de Dallas s'est trompé de maison et essayait d'ouvrir une porte qui n'était pas la sienne... Mort aussi.

Mais il y a aussi tous ces gens tout à fait sensés qui détiennent des armes dans des coffres, et qui les utilisent dans des centres de tirs ce que l'on appelle ici des shooting ranges.
Et là, j'en viens à mon occupation de la semaine dernière, et malgré les conseils d' Ernest, j'te raconte tout ça à jeun et sans rougir.

La semaine dernière et pour la deuxième fois, nous sommes allés tirer. Ce qui ne fait pas de moi une folle de la gâchette pour autant. Je n'envisage pas une minute le fait d'utiliser une arme pour me défendre.
Ce qui me plaît?
Toucher une cible le plus précisément et du plus loin possible.
Comment ça se passe?
Tout d'abord, en rentrant tu as une vue plongeante sur les couloirs de tirs dans lesquels tu vas aller t'installer, une fois que tu as, dans l'ordre:
Louer un couloir de tirs, louer une arme si tu n'en as pas, acheter des munitions, donner ta carte d'identité, positionner le casque anti-bruits sur tes oreilles, et attraper une paire de lunettes de protection, parce que les douilles vont voler.


Et là, y'a plus qu'à lâcher ton appareil photo...
J'ai essayé plusieurs calibres et celui avec lequel je me sens la plus à l'aise, c'est le 9mm, moins de recul et moins bruyant.
Il faut que tu saches que l'on tire à balles réelles et que tous les gestes sont précis. On évite par exemple de se retourner vers les copains, en discutant l'arme au poing et en agitant les bras dans tous les sens...
Je ne me débrouille pas trop mal pour le moment, et je compte bien continuer, de temps en temps. Je comprends mieux mon attirance pour le biathlon et pas seulement parce que les frères Fourcade sont mignons.

Tirs à 12m
A la sortie, il est conseillé de se laver les mains avec un savon qui enlève les traces de poudre, tu fais un sourire au groupe de militaires qui rentrent, tu es contente et fière, dans mon cas, et tu te promets de revenir.

En action
Je sais que je risque de choquer ou d'en indigner certains, d'en décevoir peut-être mais j'assume complètement mon choix: oui, je porte un tee-shirt à la gloire de Johnny Hallyday et j'aime ça.




mardi 20 janvier 2015

Chimney Rock: là où Daniel Day Lewis court cheveux au vent et tomahawk à la main, et non pas l'inverse.


En quittant Charleston, on savait que l'on quittait définitivement la mer. Regrets mesurés parce qu'à cause de la chaleur et de l'humidité, les nuits étaient courtes, pénibles et caniculaires... Et puis, dormir à côté d'un alligator ne m'enchantait pas plus que ça. Du coup, on espérait trouver dans les montagnes un peu de fraîcheur et de repos.

Direction Asheville, Caroline du Nord, coincée au pied des Smoky Mountains, l'extrême sud des Appalaches, nous allions prendre de l'altitude.
Chimney Rock est un éperon rocheux qui culmine à  755 mètres et surplombe une rivière et un lac, le Lake Lure. La première surprise en arrivant dans les lacets au pied du lac, c'est le nombre incroyable de marmottes, installées au bord de la route, plutôt dodues les marmottes d'ailleurs, qui regardent passer les voitures.


Le village au bord du lac est une vraie station balnéaire: pédalos, plage de sable, toboggans, et même des canards un peu envahissants, ce qui rend le pique-nique dans l'herbe, euh, salissant. Après avoir fait le tour du Lac, direction le camping. Cette fois, pas de tente, on loue une "cabin": une sorte de bungalow riquiqui-trop-mignon-tout-en-bois.
Une fois de plus, nous avons la possibilité de faire un feu de camp, même installés sous des Hickory, des noyers majestueux, au bord d'un lac qui prend des airs mystérieux au petit matin dans la brume...
Atmosphère extrêmement agréable, à la nuit tombée, tout le monde allume son feu de camp et nos voisins attrapent leurs guitares et entonnent des vieilles chansons country.

Le camping, ça fatigue
Finalement, même si les températures s'annoncent plus clémentes, les bébêtes grossissent au fil du voyage et cette fois, la personne de l'accueil nous a annoncé que des ours auraient été aperçus dans les parages...
J'appréhende un peu l'hypothétique excursion-pipi nocturne. Déjà que je n'en menais pas large à Charleston...
Toi qui te moques, imagine que tu rejoins les toilettes, dans l'obscurité totale, accompagné de ton imagination galopante, sachant qu'au minimum UN alligator nage dans le lac en face.
Même en t'imposant une déshydratation préventive, tu ouvres les yeux à deux heures du matin et tu essayes de faire abstraction de la gorgée d'eau que tu as accidentellement avalée à l'heure du brossage de dents.
Crois-moi, c'est impossible.  Et tu as l'impression que tous les grizzlis du coin sont en faction derrière la porte. Surtout qu'à l'entrée d'un Park du Colorado, j'ai clairement vu un panneau expliquant qu'une portière n'arrête pas un ours... alors une porte en rondins...
Bref, non seulement il faut trouver le courage d'y aller mais en plus, tu réalises soudainement que dehors, il fait vingt degrés de moins que la veille.
Ah, les plaisirs du camping!

Pour en revenir à Chimney Rock, sûrement plus intéressant que des vulgaires problèmes de vessie, c'est là que le film Le Dernier des Mohicans a été tourné. Des chouettes balades nous tendent les bras, avec cascade et vue imprenable sur la région.

Le point culminant est à 2480ft, à peu près 760m



C'est haut et il y a pleins de marches en bois qui grincent pendant l'ascension, mais comme tu ne veux pas passer pour une mémère percluse d'arthrite, tu montes courageusement... et arrivée en haut, à bout de souffle, les articulations en compote, tu te promets d'explorer une nouvelle dimension à la redescente: l'ascenseur creusé dans la montagne.
Quand j'te disais qu'ils sont trop forts ces américains.
S' il avait su ça le copain Mohican de Daniel, il aurait ptêt envisagé une solution moins définitive pour descendre bouder au rez de chaussée.

Immortalisons ce douloureux moment...

Ce qui est sympa aussi, c'est quand tu es juchée sur ton rocher et que tu regardes l'horizon, tu vois ca:


C'est pas formidable le progrès quand même!? Tu peux déranger tes amis au milieu de la nuit, juste pour leur faire coucou, à 7000km de distance. Merci les noctambules!

Nous n'avons fait qu'effleurer la Caroline du Nord, alors, au lieu de rallier très vite Nashville dans le Tennessee, nous avons pris notre temps et nous avons emprunter la Blue Ridge Parkway, itinéraire qui nous avait été conseillé par des copains américains.

Là-bas, au fond, le Tennessee, notre prochaine étape
C'est une route pittoresque qui débute en Virginie, et s'étire sur près de 750km jusqu'en Caroline du Nord à la limite de la réserve Cherokee.



Lys sauvages, forêts à perte de vue et bruissements inquiétants dans les épais bosquets ont fait de cette balade un moment bien agréable, avant de rejoindre la civilisation.

Un pont couvert, on a voulu la jouer Clint et Meryl, sauf que les proprios, sûrement lassés par les touristes indélicats, ont installé une alarme, on a détalé comme des lapins!


 Prochaine étape, on abandonne la nature et sa sérénité, on va visiter un lieu mythique de la musique américaine: Nashville!


vendredi 16 janvier 2015

"Les Charlestoniens ne transpirent jamais. Il leur arrive de distiller de la rosée comme un massif d'hortensias." Pat Conroy



Il a bien fallu se résigner à quitter la Géorgie.
Alors on a quand même profité d'une dernière baignade, sur la plage déserte, à marée basse, dans une eau à 25°C, puis on a définitivement tourné le dos à Hunting Island avec un regard un peu triste, comme le Bambi qui nous attendait à l'entrée...



Prochaine halte, le camping de Mount Pleasant:


Des familles étaient déjà installées. Leurs voitures immatriculées en Caroline du Nord ou de l'intérieur des terres, elles venaient pour pêcher, au bord du lac du camping, les poissons-chats ou les tortues d'eau qui flottaient nonchalamment en face des tentes.
C'est lorsque la tente a été solidement installée que M. Alligator s'est manifesté...

Dormir allait demander un peu plus que du sommeil!

Comme nous, il allait faire un tour pour manger un bout.

Charleston est située à environ 170 km au nord de Savannah, en Caroline du Sud, sur une péninsule, bordée par la Ashley River d'un côté et la Cooper River de l'autre, elle fait face à l'Océan Atlantique.
Berceau du style de vie sudiste, elle respire la sérénité et l'élégance.


On a pris beaucoup de plaisir à se perdre dans les rues de la ville, découvrant avec émerveillement des maisons majestueuses, des cours intérieures fleuries et secrètes, de nombreuses églises et surtout la Battery, la rue baignée par le Charleston Harbor, où les maisons les plus emblématiques de la ville sont alignées.

Charleston a été fondée par les anglais qui lui ont attribué le nom de leur roi, Charles Town, au 17ème siècle. Il s'agit alors d'un important comptoir qui voit transiter le rhum, le sucre, mais surtout devient l'une des plaques tournantes du commerce des esclaves. Le riz, puis le coton demandent une main d'oeuvre énorme. Les plantations sont immenses, les bras, nécessaires aux cultures.

Magnolia Plantation, où vivait le révérend Drayton, qui allant à l'encontre des lois de Caroline du Sud, éduquait ses esclaves dans une petite école attenante à la maison des maîtres.




La Caroline du Sud est le premier état à faire sécession en 1860, après l'élection de Lincoln qui est opposé à l'esclavage. C'est aussi de Charleston que l'on tire le premier boulet de canon en 1861. La guerre de Sécession éclate suite au bombardement de Fort Sumter, aux mains de l'Union.



Les maisons, dans les rues de Charleston, se présentent de profil. La porte d'entrée est située la plupart du temps dans l'alignement de la terrasse. Cela s'explique par le montant de la taxe d'habitation qui était autrefois calculée sur la largeur de la maison. Mieux valait donc construire en profondeur et non pas face à la rue.

Point de vue des filles sur Charleston:

Le clou de notre visite a sans doute été la balade en bateau dans Charleston Harbor. Une régate avait lieu devant la Battery, on a aperçu des plages de sable blanc désertes, Fort Sumter et Fort Moultrie, et des dauphins qui s'ébattaient dans la baie.

La Battery

Fort Sumter


Point de vue des garçons sur Charleston:

Le clou de notre visite a sans aucun doute été la visite du porte avions USS Yorktown à Patriots Point.





 Dans les deux cas, on a du endurer la chaleur et le soleil et si il y a bien une chose de sûre, c'est qu'on a sacrément distillé ce jour-là et c'était pas de la rosée.


Lors de notre visite dans le marché de Charleston, nous avons découvert une tradition ancestrale, les "sweetgrass baskets" (paniers tressés en jonc, palmes et aiguilles de pin).
Lorsque les habitants d'Afrique de l'Ouest étaient capturés puis arrachés à leur continent, ils n'avaient que leurs traditions et leur cultures comme bagages. Dans les plantations des Lowlands, les Basses Terres de Caroline du Sud, le riz était la culture prédominante avant d'être supplantée par la culture du coton.
Les esclaves originaires d'Afrique de l'Ouest connaissaient la culture du riz et étaient donc recherchés pour leur compétence dans les marchés aux esclaves des Basses Terres.
La plupart se doutait qu'ils ne reverraient plus jamais leur pays, ils emportaient donc avec eux leurs souvenirs et quelquefois, cachés dans leurs vêtements, des petits objets, tels que ces paniers. Objets traditionnels africains de la culture du riz, ils ont donc traversé l'Atlantique et sont apparus à la fin du 17ème siècle en Caroline du Sud.
Les paniers sont tressés en jonc et en palmier, des plantes qui poussent sur les côtes de Caroline du Sud, comme un signe que Dieu leur envoyait, expliquent les descendants de ces esclaves. La dame qui a tissé le nôtre a appris à tisser avec sa grand-mère quand elle était petite, comme la plupart de ces artistes. Il n'y a pas deux paniers identiques. C'est un art qui se transmet de génération en génération et les garçons comme les filles apprennent à tisser les paniers.








On en avait donc fini avec la Caroline du Sud.
Nous allions remonter vers Ashville en Caroline du Nord, direction Chimney Rock et les grandioses paysages du Dernier des Mohicans.