dimanche 20 août 2017

Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme! (attribué à Colette)





Août touche à sa fin. Le mistral va se lever, refroidissant irrémédiablement l’air et la mer. Les vacanciers vont rentrer chez eux. Les cahiers à gros carreaux  vont remplacer les sorbets dans les caddies. La seule chose qu’il te restera bientôt de l’été 2017, c’est les peaux mortes que tu vas trouver dans ton lit, le matin, avant d’aller bosser, quand tu vas te mettre à peler. 

Mais ne pleure pas, je suis là pour te faire vivre un peu de ma vie exaltante par procuration. 


Quelque part  près de Fort Worth, Texas. 

Juillet 2017, 40C à l’ombre. 

Je porte un chemisier sans manche en soie bleu. Je ne sais pas ce qui a pu me passer par la tête. Enfin si je le sais, je voulais ressembler à tout sauf à une psychopathe. Ou à une supporter de la NRA. 
Je suis dans un shooting range et je m’apprête à tirer avec quelque chose de plus lourd et plus bruyant qu’un Beretta 9mm.(voir ici)
Je ne sais pas si je vais devoir m’allonger par terre dans la poussière alors, j’ai prévu de faire classe, non psychopathe et d’éviter de cochonner un tee shirt blanc.
Les gars autour de moi sont en camo, (camouflage) avec casquette de chasse ou de vétéran. 
Je fais moyennement couleur locale. 
Pas grave. Je suis avec un collègue de l’Homme, sapé pour aller au boulot, qui pendant que je jette un oeil autour de moi, sort un fusil de son coffre de voiture. 
C’est un Remington. Ça ressemble à un de ces fusils de sniper avec lesquels tu tires dans les jeux videos. 
J’en ai vraiment envie. C’est dans ma bucket list personnelle. 

Je croyais bien ne jamais avoir l’occasion de tirer avec un truc comme ça et maintenant que j’en ai l’opportunité, je suis ravie!
J’appréhende le recul, je sais que ça peut être violent mais l’excitation de la nouveauté prend le pas sur le reste.
Moi qui m’angoisse au sujet de tout, qui bégaye devant les profs de mes enfants et qui ai les mains moites quand j’emmène Charlie le Cat chez le véto, je suis exceptionnellement calme. Je me surprends à essuyer mon front d’un revers de la main parce qu’il fait une chaleur de dingue sous l’auvent en métal où nous nous installons. Mais mes mains ne sont pas moites. Je réalise alors que mon coeur bat très calmement et je n’ai pas peur du tout. 
Je sursaute de temps à autre malgré les bouchons d’oreille quand le gars d’à côté tire avec son énorme fusil.
Je suis bien. Je me demande alors si je n’ai pas raté la possibilité de faire les JO d’hiver, gagner une médaille d’or et faire des « high five" avec les frères Fourcade. Je me rends compte que mon moniteur pour la journée me parle. Il m’explique le déroulement de l’expérience. Je tends l’oreille et réalise que de toute façon, j’ai horreur d’avoir froid et du ski.  
Je m’assois. Finalement, j’aurais pu éviter le chemisier en soie bleu. J’ai la pression parce que je sais pertinemment que les collègues de l’Homme vont demander si j’ai aimé la séance de tir. 
Je mets un temps infini à tirer la première balle, je pense à la cible. Je pense au recul. Je me dis de cesser de penser au recul. Je retiens mon souffle et appuie. La course du doigt est courte, bien plus courte que sur un pistolet. 
Pas de recul ou si peu. 
Je me recule, souris et re-regarde dans le viseur. Je crois voir l’impact au centre de la cible un peu à gauche.
Je me relève et cherche l’approbation dans les yeux de mon moniteur.
A cause des bouchons d’oreille, je lis sur ses lèvres, « Alors tu l’as eu? »
Je lui réponds « regarde ». Il se penche et me dit « pas mal ». 
« Tu veux continuer? »
J’ai continué et j’ai adoré. 

Tir à 100 yards


Je considère le tir comme un sport (même si je ne dévale pas des pistes avec le fourbi sur le dos) et en aucune manière je n’ai eu l’envie de tirer pour relâcher des tensions ou de la haine. 
Je suis plutôt pas mauvaise et les collègues de l’Homme m’ont fabriqué un charm pour ne pas oublier, avec le fond d’une douille de pistolet. 
Ne pas oublier que j’ai fait un truc un peu différent, qui risque de ne pas soulever l’enthousiasme (mais je m’en fous), que j'ai adoré et ne pas oublier que j'ai réussi. 






samedi 22 juillet 2017

Les amis, ce sont ceux qui savent tout de toi et qui t'aiment quand même.



Je ne sais plus si au cours de ces cinq années je t'ai fait part de l'intéressante étymologie du mot "Texas". Ce mot provient du mot indien "Tejas" qui signifie " amis". J'en profite pour répéter combien le Texan est chaleureux et accueillant tout en te glissant qu'il est quelquefois bien difficile à atteindre. Difficile de pénétrer dans la maison d'un Texan et de s'en faire un ami fidèle à la vie à la mort. 
La solitude fait partie intégrante de nos vies depuis ces cinq dernières années. Des amis ont croisé nos vies, s'y sont attardés un moment avant de prendre la poudre d'escampette. Peu sont ceux que l'on embrassera le dernier jour avec émotion, peu sont ceux que l'on reverra, mais le plus étonnant réside dans l'identité de ceux que je vais pleurer amèrement. 
La personne qui va vraiment me manquer parce qu'elle fait partie de ma vie texane depuis le premier jour est mon "pool guy", Bill. Pour la première fois, je te donne un vrai nom à te mettre sous la dent, parce que Bill, c'est Bill, et qu'une initiale ne pourrait pas lui rendre honneur. Bill, c'est une des premières personnes qui m'ait parlé au Texas. Je l'ai cotoyé pendant cinq ans, tous les vendredis. "Cotoyé" est un mot bien timide pour décrire mon amitié avec ce vieux costaud aux cheveux blancs, perclus de rhumatismes qui passe malgré tout ses journées en génuflexion devant des piscines. 
A une époque, les enfants s'amusaient à dire "Bill, c'est le seul ami de Maman". Probablement vrai. Bill est né le même jour que ma BFF, j’ai tout de suite vu ça comme un signe du destin. 
Il est le seul avec qui j’échangeais des messages avant chaque match des Dallas Cowboys. C'est dire... Il m'a donné ses théories sur l'équipe et surtout m'a expliqué chaque année en avance de phase, pourquoi l’équipe n'irait pas au Super Bowl. 
Il m'a raconté sa vie, ses turpitudes, celles de son fils, et il me parle de sa famille éclatée à chacune de ses visites. Il se marre quand je lui offre de l'eau et grimace quand je bois du Perrier. L’eau, c’est pour la piscine, la bière, ça hydrate. 
Tous les Vendredis, il nous souhaite un bon week end et d’un air complice, me demande invariablement depuis cinq ans de casser quelque chose: "Break something!" en montant dans son énorme pickup rutilant, histoire de se faire des sous. On l'a beaucoup déçu jusqu'à la semaine dernière. 
Piscine inerte sous un soleil de plomb.  Constat sans appel: moteur mort!
En s'extrayant de son truck quelques minutes après mon appel au secours il me regarde, goguenard et me dit: "J'ai dit de casser quelque chose, mais pas quand il fait 40C!"
Comme tous les Vendredis il débarque avec son filet et son saut de chlore, il jure tout en se marrant et en scandant chacun de ses pas d’un "Oh my god, oh my god, oh my god...". 
Il m'a annoncé le mois dernier qu'il avait décidé de tout quitter pour venir en France avec nous, parce qu'ici, sans nous, ça va être déprimant. Personne ne sort jamais de sa maison pour l'accueillir ou juste dire bonjour quand il arrive. La plupart des proprios restent dans leur maison et payent pour ses services pas pour lui faire la causette. 
Je discute avec lui toutes les semaines. Il m’apprend à dépanner la piscine « au cas où », et me raconte les aventures de sa petite fille qu’il idolâtre totalement. 
Je sais pas trop comment on va garder le contact. Comme mon père, il a les doigts abimés des travailleurs manuels et il déteste taper sur les touches du téléphone, trop proches et si ridiculement petites qu’il ne les distingue qu’après avoir posé ses lunettes sur le saut de chlore. 
Du coup, quand je lui texte une question, il répond d’un laconique « K ». 

Je me souviens de ce jour où il est arrivé à la maison alors que je guettais son arrivée derrière les rideaux. Il y avait une énorme araignée vivante juchée sur le panier du skimmer et je voulais le prévenir avant qu’il n’y mette sa main. 
Il sort de sa voiture, attrape son matériel et me suit. Il a l’oeil qui frise, je sens qu'il va se moquer de moi. Il s’accroupit, ouvre la trappe, envoie la main, je la vois avant qu’il ne la voit, je hurle, il crie, on sursaute et il en tombe à la renverse. 
J’en ris encore!

Le moment venu, on va dire au revoir aux rares "locaux de l'étape" qui n’ont pas eu peur d’offrir leur amitié à des gens de passage parce que finalement, on n’a jamais trop d’amis.
On va dire au revoir à tous ces autres expats et transplantés, qui n’auront pas peur j’en suis sure, de venir nous voir sur un autre continent.
Et puis surtout, nous allons retrouver tous ceux qui nous ont attendus et ne s’en sont pas lassés. 
A eux, je vais leur dire les mêmes mots que Bill quand il est monté pour la dernière fois dans son pickup sans me regarder « I love you, guys ».


Au cours de mes lectures, lorsque j’étais étudiante, je suis tombée sur un mémoire de thèse dont l’auteur avait rédigé ces quelques mots dans ses remerciements, je n’ai aucun souvenir de son identité, je doute qu’il passe par ici, mais s’il le fait, qu’il y voit un hommage!

« J’eusse aimé, enfin, passer en revue ceux, individus, à qui j’ai mendié quelque aide et qui m’ont ignoré ou éjecté. Un dernier sentiment de charité et de pitié m’en empêche.

Que tous, amis ou ennemis, trouvent un jour ce que j’ai trouvé en eux : générosité ou stérilité. »




jeudi 15 juin 2017

L'impatriation is a bitch



Toi qui crois que le retour d’expatriation est un processus pénible, sache que c’est faux. En vrai, c’est pire. L’impatriation is a bitch. 

Toi qui me crois en train de remplir des cartons avec amour et papier bulle, sache qu’il n’en est rien. 
Je râle et je panique, en alternance, toute la journée.
Je panique parce que j’ai l’impression que ces cinq années sont passées trop vite. J’ai encore beaucoup trop de choses à voir, à manger et à faire pour que ce soit déjà fini. C’était hier que je croyais partir pour trois ans et que je m’angoissais à l’idée que ça allait être « beaucoup trop long »!
Je râle, parce que c’est dans mon ADN. D’ailleurs si tu étais en vacances à Chicago l’été dernier et que tu as entendu une Française râler que le GPS de son téléphone ne marchait pas au milieu des buildings. C’était moi!

Je m’inscris à tous les groupes d’expatriés et de retour d’expatriation dans l’espoir de trouver des réponses aux questions que je ne me pose pas encore.
Je contemple avec effroi la plupart de ces sites où des pauvres âmes en peine ont erré avant moi, et où ils ont laissé une trace de leur passage comme un appel au secours dessiné dans le sable d’une ile déserte. Demain, il y aura d’autres appels au secours qui les recouvriront par vague. Et tu m’oublieras, moi et ma question, comme dans une chanson de Larusso.
Toutes ces questions que l’on pose à ceux qui ont survécu au retour dans l’espoir qu’ils nous disent que c’est indolore et que tout va bien se passer. 
Et la sécu? Et les allocs? Et l’école de mon fils? Et mon chat? Ah, celle-là, elle est de moi. Mon chat texan qui va quitter son pays à tout jamais dans un sac en bandoulière sous un siège d’avion, comme un malpropre. 
D’ailleurs à ce sujet, je te déconseille fortement tout vol transatlantique au mois de Juillet, si tu es 1) allergique aux miaulements hystériques 2) allergique au poil de Charlie.

Pour ceux qui seraient venus trouver du réconfort dans ces pages, circulez, y’a rien à voir. 
Pas d’inquiétude, la ptite dame va s’en sortir. Si elle n’a étranglé personne avec son papier bulle d’ici le départ.
La propriétaire a mis la maison en vente et a trouvé acquéreur en trois jours alors que nous, nous ne savons même pas encore où nous allons poser nos valises en arrivant en France. 
Je te passe le bonheur des visites, du va et vient de ces inconnus que je surveille d’un sale oeil alors qu’ils déambulent dans MA maison, MES meubles et MA vie. Je te passe les hurlements que j’ai poussé lorsque j’ai trouvé trois jardiniers en train d’élaguer des arbres dans mon jardin, alors que ma proprio les avait embauché et qu’ils n’ont pas cru bon de me prévenir ou de sonner avant d’entrer. Je te passe aussi ma surprise quand un agent immobilier est entré sans sonner (une clé est placée dans un boitier à code sur la porte d’entrée pour les clients qui acceptent les visites en leur absence) alors qu’il savait que la maison était habitée. Je te passe aussi les rendez-vous annulés avec 24 heures de retard. Et les recommandations de l’agent immobilier m’enjoignant de quitter ma maison lors des visites parce que ça gêne les hypothétiques acheteurs. 
Je ne te parlerai pas non plus de l’inspection (sorte de diagnostic) qui va durer quatre heures, demain, chez moi, et je te le donne en mille: une fois encore on nous a conseillé de quitter la maison pour ne pas  gêner. Un dernier pour la route parce que je suis au 36è dessous et que je viens de fermer ma porte sur eux: ceux qui débarquent avec toute la famille maternelle et paternelle quand tu prépares ta quiche, l’air impassible. Le plus marrant c’est que ma présence ne les a pas empêché de tourner autour de moi en débattant de l’éclairage de la cuisine et de la couleur de la porte des placards.
J’ai l’impression d’être dans le Truman show. 
Ou bien je vis dans un appartement témoin. 
Les gens rentrent et sortent, certains sans même un bonjour, ils pénètrent dans notre vie, observent notre façon de vivre et comparent surement. Ils pourront dire à leurs amis que « la Française cuisine mais a l’air revêche » et  que « le Français est radin sur la clim ». 

Ce n’est qu’un début et je sais, l’amertume, c’est moche. 


mardi 4 avril 2017

I'm a big big girl in a big big world.




Miss N. in the woods, in Austin.



Here is the one and only article in english you will find in my blog. I did not write it. My sweet daughter did it and she did a better job than I would have done. Last month, her teacher asked the class to write about a moment in their life when they "broke a barrier". This is what she wrote. This expatriation is such a huge adventure for such a little girl, "I'm not little, I'm young!"  she keeps repeating. She has now spent half of her life in Texas and I love who she is becoming. 

"I did not always know how to speak English, in fact I used to not know any English. Because I was born in France, I only knew French. On my first day of first grade I was supposed to write about something that belonged to me. The teacher came over and tried to explain to me that I could write about my necklace. I just stared at her blankly, she even took it in her hand and showed it to me. 
By that time I was wondering what I was going to do all day If I couldn’t speak or understand a foreign language. During recess I just held the teacher’s hand. When it was finally time to go home I was glad to see my mom waiting for me. I told her about my day and she told me it would be « okay » but I didn’t think so. 
The next morning I cried and cried, for I didn’t want to go back to « that place ». Sadly, the next morning my brother and I were both in the backseat of the car to go to school. That day, the teacher passed out some words for the class to study at home. My mom made me study every night. 
Finally I went to a girl that I had silently befriended, summoned up all my courage and asked with my terrible french accent « can you play with me? » Her mouth opened really wide and she ran to tell the teacher. The teacher smiled real big and told her that was « awesome! ». Great. I broke my barrier by the end of first grade."



Miss N. on the 4th of July.










"Je n’ai pas toujours parlé anglais. En fait, avant, je ne parlais pas un mot d’anglais. Comme je suis née en France, je ne parlais que français. Mon premier jour de 1st grade, je devais écrire un texte sur quelque chose qui m’appartenait. La maitresse est venue vers moi et a tenté de m’expliquer que je pouvais écrire au sujet de mon collier. Je l’ai juste regardé d’un air ébahi, elle l’a même pris dans sa main et me l’a montré. 
A ce moment-là, je me demandais ce que j’allais faire toute la journée si je ne pouvais ni parler ni comprendre une langue étrangère. Pendant la récré, j’ai tenu la main de la maitresse. Quand ça a enfin été le moment de rentrer à la maison, j’étais contente de voir ma mère qui m’attendait. Je lui ai raconté ma journée et elle m’a répondu que « ça allait bien se passer », mais je ne l’ai pas cru. 
Le lendemain matin, je n’arrêtais pas de pleurer parce que je ne voulais pas retourner dans « cet endroit ». Tristement, le matin suivant, mon frère et moi nous étions tous les deux assis à l’arrière de la voiture en route pour l’école. Ce jour-là, la maitresse a distribué des mots à étudier à la maison. Ma mère m’a fait travailler tous les soirs. 
Finalement, je suis allée vers une fille avec qui je m’étais liée d’amitié silencieusement, je rassemblais tout mon courage et lui demandais avec mon horrible accent français: « Tu veux jouer avec moi? ». Bouche bée, elle partit en courant pour le répéter à la maitresse, qui sourit de toutes ses dents et ajouta: « génial! ». 

Super. J’avais franchi l’obstacle avant la fin du 1st grade."





mercredi 29 mars 2017

Bonjour, je m'appelle Sophie, j'habite au Texas et j'ai peur des tornades.



Il y a exactement 17 ans jour pour jour, une tornade frappait le centre de Fort Worth à l’heure de la sortie des bureaux. 
Elle a littéralement traversé la ville en faisant exploser les buildings de verre sur son passage. 


Radar du 28/05/2000, 18h23.

J’ai décidé de te raconter chronologiquement notre journée d’hier et notre nuit de cauchemar parce que j’imagine que tout cela doit sembler un peu nébuleux à distance et aussi, parce que ça m’évitera d’oublier.

Comme je l’ai déjà relaté plusieurs fois, je surveille la météo. Je surveille d’autant plus la météo que la saison tant redoutée des tornades a officiellement commencé il y a trois jours, en fanfare.  


Si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu as sans doute aperçu cette photo d’un grêlon gros comme une balle de base ball. Nous n’avons pas reçu une goutte de pluie chez nous alors qu’à seulement trente minutes de route, les habitants vivaient l’apocalypse sur leur tête. 

Depuis plusieurs jours la météo nous annonçait pour le 28 Avril de gros risques d’orages, de grêles, de bourrasques et de tornades. 
Bienvenue dans mon enfer météo! J’ai donc passé la journée avec un oeil sur l’appli météo et un autre sur les Facebook live de NBC Dallas Fort Worth. Le météorologiste de garde (ouais un peu comme le docteur, ça rassure de savoir qu’il est là au cas ou il y aurait du vilain) est Rick Mitchell. 


J’adore ce type. Il est super calme et me rassure. C’est une sorte de syndrome de Stockholm merdique, j’adore le gars qui m’annonce sereinement la fin du monde. Enfin, de mon monde. 
Il a pris les devants en commençant les live en milieu d’apres’m pour nous dire qu’il serait aux commandes de la soirée et nous tiendrait au courant du développement du bordel. J’ai fait de même en me servant un verre de vin blanc de Californie absolument délicieux dont les notes de fruits de la passion me titillaient le palais pendant que mari et enfants faisaient du sport dans le jardin. 
Tout est normal, ça sent la fin du monde à plein nez, l’Homme fait du sport, je le regarde en sirotant. 
Il est rentré plus tôt avec un flash météo de son boulot plutôt pessimiste et comme il travaille avec des pilotes, la première chose qui vient à mon esprit c’est qu’on est « up sheet creek without a paddle » (dans une mare de merde sans pagaie). Rick me rassure en m’expliquant avec force radar multicolore et photos satellites que le mur d’orages va nous tomber dessus aux alentours de 2h du matin, et qu’ils seront accompagnés de vents violents autour des 70mph (112km/h) et que le long de la bordure du mur, des tornades rapides et d’intensité relative sont à attendre. 

Le facebook live de 22h est plutôt bon enfant, Rick déconne avec ses collègues météorologistes pour savoir si les chats sentent les tornades, bref, j’ai confiance, Rick veille.
Facebook de 23h, toujours sympathique, Rick m’explique qu’il sera là toute la nuit, je m’endors rassérénée.

2h du matin, réveil en sursaut, je suis morte de chaud, j’ai oublié de préciser que les températures tournent autour des 25-28 degrés dans la journée depuis deux semaines. Je réalise que mon téléphone, que je n’ai pas éteint exceptionnellement, est allumé. J’ai reçu une alerte orages. Je jette un oeil au radar. Granbury, une ville au Sud Ouest de Fort Worth, à une heure de chez nous, est en Tornado Warning. Vu le sens de déplacement du mur d’orages, sachant que nous sommes en ligne droite au Nord Est de Fort Worth, ça s’annonce très mal. 
Il est 2h03, j’allume la tv, Rick est là comme promis. Il a l’air super calme et gère à mort. Mais m’annonce quand même que Tarrant County vient de passer en Tornado Warning et anticipe la trajectoire. Je te rappelle que le Tornado Warning signifie que les nuages commencent à tourbillonner et que les conditions sont favorables à la création de l’entonnoir néfaste.
2h05 Je réveille l’Homme calmement mais fermement. Rick nous demande de rester calmes, de nous éloigner des fenêtres et de descendre au plus bas dans la maison. Sous la table? 
Plan rapproché de Downtown Fort Worth, des flashs électriques vers Cultural District, mauvais signe. De nuit, il n’y a que deux moyens de localiser une tornade: 
Quand les éclairs illuminent le ciel et que la tornade se découpe sur la pénombre. Et lorsqu’il y a des flashs électriques: la coupable peut être une tornade en balade sous les fils.
2h08 Dehors, c’est le calme plat, pas un brin de vent. On attrape le mobilier de jardin et on le rentre dans la chambre. Rick annonce l’orage pour 2h25 chez nous.
2h09 Les sirènes se mettent à hurler. Je réalise que mon coeur bat comme si j’avais couru un 10km en sprint. 
2h15 On réveille les enfants et on leur conseille de boire un verre et de faire pipi.
2h18 Le placard désigné comme abri est vidé, les passeports attrapés, les enfants prêts, les jeans et les chaussures enfilés, mon fils demande si on emmène le chat dans le placard. Je réponds oui, mais me demande si ce n’est pas là que réside le vrai danger. Charlie le cat a un sens de l’humour limité.  
Vu le désarroi de ma fille, je lui répète ce que Rick a dit: « même si la tornade est courte et peu intense, hum, les vents annoncés peuvent envoyer des débris dans les vitres et les faire exploser, d’où la nécessité de s’abriter. 
2h22 Le vent se lève, Rick fait un gros plan sur notre petite ville, nous sommes en bordure du système orageux, il annonce des vents à plus de 80mph (128km/h) par endroits. Un seul endroit, circulaire, à quelques rues de chez nous est plus clair, c’est un endroit où les vents tourbillonnent. C’est passé à côté. C’est du côté de chez Bill, mon « pool guy » et le connaissant il dort paisiblement au fond de son lit. Les tornades? ça fout des feuilles dans les piscines, c’est ça le vrai problème. 

2h30 On souffle, hébétés, en regardant Rick qui explique que le Tornado Warning est levé. 
5h00 Je me rendors enfin.








jeudi 9 mars 2017

Le Panhandle, Texas: entre bétail et coton.




Depuis plusieurs jours, des incendies ravagent le Texas Panhandle, la partie Nord Ouest du Texas: le manche de la poêle en français. 
Nous avons traversé maintes fois cet endroit, lors des road trips vers les National Parks de l’Ouest, vers le Colorado, vers le Nouveau Mexique. On appréhende toujours sa traversée parce que sortir du Texas est long et éprouvant pour ceux qui n’aiment ni le désert ni l’immensité de cette région. La dernière fois que nous l’avons traversé, je regardais autour de moi et j’ai beau adoré ce que je vois, j'ai eu l’impression d’être dans une de ces parties du monde où la violence du climat et  la solitude du coin ne sont supportables que pour ceux qui y sont nés.


Panhandle, TX, novembre 2015


Des vaches et des ranchs à perte de vue. 
Peu de végétation, un vent fort et constant qui cisaille la route, glacial en hiver, brûlant en été, des tumbleweeds qui passent devant les roues de la voiture, des maisons rares et éparses, et soudain, Amarillo. La grande ville du Panhandle, plantée au beau milieu de cette nature inhospitalière, qui ne doit son succès qu'au Big Texan. Un resto où tu peux bouffer à l'oeil si tu ingurgites le morceau de bidoche de 2 kg qui est exposé à l'entrée en moins d'une heure. Je ne vais pas m'attarder sur le succès de cet endroit où s'alimenter est un concours de vitesse, parce que c'est comme les fast-foods et les animaux en captivité, ça me donne très vite la nausée. 
Amarillo c'est un peu tout ce que tu crois savoir sur le Texas mais qu'en fait t'as tout faux. Amarillo ça ressemble au trou du cul du monde sauf que c'est la porte d'entrée du Palo Duro, le deuxième plus grand canyon des Etats Unis et de Caprock Canyons, la Mecque du VTT au Texas.


Palo Duro, 2013

Avec ce désert et cette poussière et ce vent incessant, on n'a pas de mal à se projeter quasi un siècle en arrière.
A imaginer le Dust Bowl, cette période aussi appelée les Dirty Thirties, qui a frappé le Midwest dans les années 30. Texas, Oklahoma, Nouveau Mexique et Colorado noyés dans le sable. La sécheresse a duré plus de huit ans. L’agriculture à outrance et le développement de certaines techniques qui empêchaient la prolifération des plantes, conjugués à la sécheresse, ont entrainé cette catastrophe écologique et humaine.  

Migrant Mother 1936 Dorothea Lange


Il arrive encore aujourd’hui que la région du Panhandle soit balayée par des « haboobs » le mot arabe est quelquefois utilisé pour parler des tempêtes de sable. Les météorologistes font en fait une différence entre le Haboob qui est une dégradation orageuse contrairement au « sand storm » qui n’a besoin que de vent et de poussière. Tout le monde a en tête ces énormes vagues de sable qui recouvrent tout sur leur passage et qui peuvent descendre du Panhandle jusqu’à Lubbock. 

Cimarron County, Oklahoma, 1936. Arthur Rothstein

Quand mon fils a étudié le livre « Out of the Dust» j’ai compris l’ampleur du désastre. Des maisons délabrées dans lesquelles le sable s’immisçaient de partout rendant les survivants malades, étouffant tout sur son passage, poussant les gens à quitter leurs terres et à immigrer vers la Californie. Si tu veux pleurer toutes les larmes de ton corps, je te recommande chaudement ce bouquin rédigé en vers dans lequel la douleur physique fait concurrence à la misère morale tout ça à travers les yeux d’une enfant de 10 ans. 

Bref, ça me rappelle l’extase ressentie en sixième quand j’ai du lire « Mon bel oranger » de Jose Mauro de Vasconcelos. Je pleurais tellement que ma mère, s’inquiétant pour mon équilibre mental, était allée demander à la professeur de français si je devais vraiment finir le bouquin. Je n’ai pas pu parler de ce livre sans avoir les larmes aux yeux pendant des mois. Je te passe mes sanglots à la lecture de « Croc Blanc » et mes hurlements la première fois que mon frère m’a résumé « Le Journal d’Anne Frank ». 

Tu dois sans doute te demander où je veux en venir car comme d’habitude je digresse et nombreux seront ceux qui n’iront pas au bout de mon article, vous allez le regretter le plus intense étant à venir. 

Ces derniers jours des incendies terribles ont ravagé le Panhandle. Des ranchs dévorés par les flammes, du bétail qui se fige devant les flammes et ne fuit pas, des ranchers qui voulant sauver leurs bêtes ont été pris au piège du feu. La tristesse m’a accablée ce matin et je me suis souvenue de relativiser mes problèmes à la lecture de toutes ces vies perdues et détruites. 



Le Panhandle, ce n'est pas l'endroit le plus exotique du Texas si tu ne sais pas où regarder. Traverse-le en Novembre et tu changeras d'avis. Au niveau de Memphis, TX, le coton s'envole et s'accroche absolument partout. Des champs de coton qui s'étendent à l'infini, des camions bourrés jusqu'à déborder, et les usines dont les abords sont recouverts de fibre blanche comme de la neige.

J'ai pris ces photos au moment de Thanksgiving, ces deux dernières années. 
Je te promets que tu ne regarderas plus ton tee-shirt de la même façon...






















lundi 6 mars 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 6)


Pecan pie maison




Les desserts texans 



« Like Texas’ topography, our desserts aren’t easy to stereotype » Sweet on Texas, D. Gee


Tous les expats français te le diront, la chose dont on rêve tous après de longs mois en Amérique, c’est une belle devanture de pâtisserie française. On découvre avec gourmandise et envie les jolis éclairs, tartes et macarons sur Instagram de tous les expats rentrés en France avant nous. C’est généralement une débauche de fruits, de chocolats et d’arômes voluptueux qui nous font de l’oeil. 
Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de desserts en Amérique, au contraire. C’est plutôt que les Américains ont la fâcheuse tendance à manger beaucoup trop sucré, à utiliser d'inquiétants colorants multicolores et des ingrédients interdits par la Convention de Genève.  Du coup, selon où tu vis, tu n’as plus qu’à utiliser tes petites mains agiles avec pouces opposables et à te lancer dans ta cuisine Ikea comme Lady Gaga dans le Super Bowl, sans filet.

Malgré tout notre amour -et notre sectarisme- pour l’incomparable savoir-faire français, on a découvert des desserts texans qui nous flattent les yeux et le palais. 

La Pecan Pie

La première fois que mon regard a croisé cette tarte dans un magasin, j’ai pensé que ça avait l’air horriblement lourd, sec et écoeurant. Et puis, on a fini par goûter pour ne pas rester sur des préjugés bêtes. La pecan pie, ça peut être delicieux mais si on utilise les bons ingrédients.
Pour ma part, j’achète des pécans du Texas. Je suis très chauvine et puis si tu me lis attentivement tu sais que j’ai vu une plantation de pacaniers dans l’Ouest et j’aime à penser que je retrouve les fruits de ces beaux arbres dans mon assiette!
Et au lieu d’utiliser du « high fructose corn syrup » (communément appelé cyanure dans ma cuisine) j’utilise du Golden Syrup, et ça change tout.  
Lors de ma première tentative, j’ai utilisé la pâte recommandée par la recette, c’était une erreur. La prochaine fois, j’utiliserai ma recette de pâte sablée, et puis ça m’évitera de me poser la question que tout français qui a tenté la pâtisserie américaine a du se poser un jour: « c’est quoi du « shortener » et par quoi le remplacer (sous-entendu encore un nom barbare pour un produit qui l’est tout autant)

Le résultat est plutôt pas mal si tu veux mon avis. Je suis perfectionniste et généralement mes écrits laborieux comme mes chouquettes dégonflées suivent le même chemin, la poubelle. Cette fois-ci, mon test a été concluant. Je raccourcirai la cuisson de quelques minutes pour atteindre une couleur plus dorée qu’ambrée, mais le goût et la texture étaient définitivement agréables et satisfaisants. 

Une autre gourmandise que nous ne nous lassons pas de grignoter et de faire goûter autour de nous:

Honey roasted pecans 


Des pécans rôties au miel

Avant de quitter la France, j’avais décidé de me cultiver un peu pour mieux connaitre l’état où j’allais arriver. Je me suis donc retrouvée avec un exemplaire de « Texas » de J. Michener entre les mains. Un superbe roman retraçant l’histoire du Texas à travers le destin de héros réels et fictifs. Je ne peux que te conseiller de lire cet excellent roman, même si tu ne poses jamais un pied au Texas. 
C’est en parcourant ses pages que je suis tombée sur un passage en particulier. L’un des protagonistes qui a quitté le Tennessee pour tenter sa chance dans le Texas de 1823, découvre à l’automne ce qui ressemble à des noix sur le sol. Sa femme les fait sécher près du feu et les prépare de 3 façons différentes pour les vendre aux voyageurs de passage: « grillées, avec une pincée de sel ou enrobées de miel ».
 « Quand des voyageurs s’arrêtaient, ils se gavaient de noix […] tout en jouant aux cartes, et quand elle les servait au miel, ils se seraient battus pour en avoir davantage. Ces noix pouvaient fournir un des aliments les plus complets du monde ». 

Une partie de la récolte des pécans 2016


Les pécans sont vendus dans les supermarchés mais on prend un grand plaisir à les ramasser sous des arbres immenses à l’automne. Les plus belles sont dodues et tigrées et certaines sont encore dans leur coque quand on les ramasse. 

La dernière recette que je vais évoquer m’est particulièrement chère. C’est la première que mon fils a réalisée, elle n’est pas compliquée et les ingrédients sont simples. Ce gâteau est très populaire au Texas et est en vente à longueur d’années dans les rayons pâtisserie du supermarché où je me sers. 

Texas sheet cake

Texas sheet cake 


Ce gâteau est réalisé à base de popopopop, de poudre de cacao non sucrée et de cannelle. Si tu t'appliques, c'est d'la bombe, bébé, et si tu n'aimes pas, laisse pas trainer ton fils dans la cuisine: trois sticks de beurre dans le gâteau, du sucre en abondance et du buttermilk. T'es horrifié? Moi aussi. Et mon fils adore ça au point d'apprendre à cuisiner. Ça y est, il a le Texas dans la peau!

Je me doute que l’on puisse se sentir découragé par les conversions que demande le système américain. Mais tel le lapin qui sort du chapeau, j’ai l’outil imparable pour toi: « Le Guide de Survie Alimentaire aux Etats Unis » d’Estelle Tracy. Et ainsi, les ingrédients, les ustensiles et les conversions n’auront plus de secret pour toi vu qu’Estelle s’est dévouée pour tout rassembler dans son guide.
Tu n’as plus qu’à laisser tes talents culinaires s’exprimer!



Voici donc la recette de la garniture de la pécan pie. Pour la pâte, je compte sur toi, imbattable pâtissier(e) français(e). 

Pour un plat à tarte de 30cm de diamètre.
70g de beurre 
1 cup de Golden syrup (Lyle’s Golden syrup)
1 cup de sucre brun: de la vergeoise se rapprochera de la consistance de ce sucre américain.
1/2 cuillère à café de sel
3 oeufs battus
2 1/2 cuillères à soupe de rhum ou de bourbon (j'en ai mis moins pour ne pas agresser les papilles de ma progéniture)
1 cuillère à café d’extrait de vanille
1/2 cup de pécans en morceaux, 1 cup de pécans entières.

Dans une casserole, faire fondre le beurre à feu doux puis ajouter le sirop, sucre et sel. Remuer puis quand la texture est homogène, laisser refroidir et enfin ajouter les oeufs, le rhum et la vanille. Battre 10 minutes, jusqu’à ce le mélange soit plus léger. Ajouter les pécans, remuer. 
Verser le mélange sur la pâte. Arranger les pécans entières sur le dessus. Faire cuire 50 minutes d’après la recette à 190C. J’ai arrêté la mienne au bout de 40 minutes et j’aurais du l’arrêter plus tôt. 

Recette de Robb Walsh extraite de "Texas eats"