jeudi 9 mars 2017

Le Panhandle, Texas: entre bétail et coton.




Depuis plusieurs jours, des incendies ravagent le Texas Panhandle, la partie Nord Ouest du Texas: le manche de la poêle en français. 
Nous avons traversé maintes fois cet endroit, lors des road trips vers les National Parks de l’Ouest, vers le Colorado, vers le Nouveau Mexique. On appréhende toujours sa traversée parce que sortir du Texas est long et éprouvant pour ceux qui n’aiment ni le désert ni l’immensité de cette région. La dernière fois que nous l’avons traversé, je regardais autour de moi et j’ai beau adoré ce que je vois, j'ai eu l’impression d’être dans une de ces parties du monde où la violence du climat et  la solitude du coin ne sont supportables que pour ceux qui y sont nés.


Panhandle, TX, novembre 2015


Des vaches et des ranchs à perte de vue. 
Peu de végétation, un vent fort et constant qui cisaille la route, glacial en hiver, brûlant en été, des tumbleweeds qui passent devant les roues de la voiture, des maisons rares et éparses, et soudain, Amarillo. La grande ville du Panhandle, plantée au beau milieu de cette nature inhospitalière, qui ne doit son succès qu'au Big Texan. Un resto où tu peux bouffer à l'oeil si tu ingurgites le morceau de bidoche de 2 kg qui est exposé à l'entrée en moins d'une heure. Je ne vais pas m'attarder sur le succès de cet endroit où s'alimenter est un concours de vitesse, parce que c'est comme les fast-foods et les animaux en captivité, ça me donne très vite la nausée. 
Amarillo c'est un peu tout ce que tu crois savoir sur le Texas mais qu'en fait t'as tout faux. Amarillo ça ressemble au trou du cul du monde sauf que c'est la porte d'entrée du Palo Duro, le deuxième plus grand canyon des Etats Unis et de Caprock Canyons, la Mecque du VTT au Texas.


Palo Duro, 2013

Avec ce désert et cette poussière et ce vent incessant, on n'a pas de mal à se projeter quasi un siècle en arrière.
A imaginer le Dust Bowl, cette période aussi appelée les Dirty Thirties, qui a frappé le Midwest dans les années 30. Texas, Oklahoma, Nouveau Mexique et Colorado noyés dans le sable. La sécheresse a duré plus de huit ans. L’agriculture à outrance et le développement de certaines techniques qui empêchaient la prolifération des plantes, conjugués à la sécheresse, ont entrainé cette catastrophe écologique et humaine.  

Migrant Mother 1936 Dorothea Lange


Il arrive encore aujourd’hui que la région du Panhandle soit balayée par des « haboobs » le mot arabe est quelquefois utilisé pour parler des tempêtes de sable. Les météorologistes font en fait une différence entre le Haboob qui est une dégradation orageuse contrairement au « sand storm » qui n’a besoin que de vent et de poussière. Tout le monde a en tête ces énormes vagues de sable qui recouvrent tout sur leur passage et qui peuvent descendre du Panhandle jusqu’à Lubbock. 

Cimarron County, Oklahoma, 1936. Arthur Rothstein

Quand mon fils a étudié le livre « Out of the Dust» j’ai compris l’ampleur du désastre. Des maisons délabrées dans lesquelles le sable s’immisçaient de partout rendant les survivants malades, étouffant tout sur son passage, poussant les gens à quitter leurs terres et à immigrer vers la Californie. Si tu veux pleurer toutes les larmes de ton corps, je te recommande chaudement ce bouquin rédigé en vers dans lequel la douleur physique fait concurrence à la misère morale tout ça à travers les yeux d’une enfant de 10 ans. 

Bref, ça me rappelle l’extase ressentie en sixième quand j’ai du lire « Mon bel oranger » de Jose Mauro de Vasconcelos. Je pleurais tellement que ma mère, s’inquiétant pour mon équilibre mental, était allée demander à la professeur de français si je devais vraiment finir le bouquin. Je n’ai pas pu parler de ce livre sans avoir les larmes aux yeux pendant des mois. Je te passe mes sanglots à la lecture de « Croc Blanc » et mes hurlements la première fois que mon frère m’a résumé « Le Journal d’Anne Frank ». 

Tu dois sans doute te demander où je veux en venir car comme d’habitude je digresse et nombreux seront ceux qui n’iront pas au bout de mon article, vous allez le regretter le plus intense étant à venir. 

Ces derniers jours des incendies terribles ont ravagé le Panhandle. Des ranchs dévorés par les flammes, du bétail qui se fige devant les flammes et ne fuit pas, des ranchers qui voulant sauver leurs bêtes ont été pris au piège du feu. La tristesse m’a accablée ce matin et je me suis souvenue de relativiser mes problèmes à la lecture de toutes ces vies perdues et détruites. 



Le Panhandle, ce n'est pas l'endroit le plus exotique du Texas si tu ne sais pas où regarder. Traverse-le en Novembre et tu changeras d'avis. Au niveau de Memphis, TX, le coton s'envole et s'accroche absolument partout. Des champs de coton qui s'étendent à l'infini, des camions bourrés jusqu'à déborder, et les usines dont les abords sont recouverts de fibre blanche comme de la neige.

J'ai pris ces photos au moment de Thanksgiving, ces deux dernières années. 
Je te promets que tu ne regarderas plus ton tee-shirt de la même façon...






















lundi 6 mars 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 6)


Pecan pie maison




Les desserts texans 



« Like Texas’ topography, our desserts aren’t easy to stereotype » Sweet on Texas, D. Gee


Tous les expats français te le diront, la chose dont on rêve tous après de longs mois en Amérique, c’est une belle devanture de pâtisserie française. On découvre avec gourmandise et envie les jolis éclairs, tartes et macarons sur Instagram de tous les expats rentrés en France avant nous. C’est généralement une débauche de fruits, de chocolats et d’arômes voluptueux qui nous font de l’oeil. 
Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de desserts en Amérique, au contraire. C’est plutôt que les Américains ont la fâcheuse tendance à manger beaucoup trop sucré, à utiliser d'inquiétants colorants multicolores et des ingrédients interdits par la Convention de Genève.  Du coup, selon où tu vis, tu n’as plus qu’à utiliser tes petites mains agiles avec pouces opposables et à te lancer dans ta cuisine Ikea comme Lady Gaga dans le Super Bowl, sans filet.

Malgré tout notre amour -et notre sectarisme- pour l’incomparable savoir-faire français, on a découvert des desserts texans qui nous flattent les yeux et le palais. 

La Pecan Pie

La première fois que mon regard a croisé cette tarte dans un magasin, j’ai pensé que ça avait l’air horriblement lourd, sec et écoeurant. Et puis, on a fini par goûter pour ne pas rester sur des préjugés bêtes. La pecan pie, ça peut être delicieux mais si on utilise les bons ingrédients.
Pour ma part, j’achète des pécans du Texas. Je suis très chauvine et puis si tu me lis attentivement tu sais que j’ai vu une plantation de pacaniers dans l’Ouest et j’aime à penser que je retrouve les fruits de ces beaux arbres dans mon assiette!
Et au lieu d’utiliser du « high fructose corn syrup » (communément appelé cyanure dans ma cuisine) j’utilise du Golden Syrup, et ça change tout.  
Lors de ma première tentative, j’ai utilisé la pâte recommandée par la recette, c’était une erreur. La prochaine fois, j’utiliserai ma recette de pâte sablée, et puis ça m’évitera de me poser la question que tout français qui a tenté la pâtisserie américaine a du se poser un jour: « c’est quoi du « shortener » et par quoi le remplacer (sous-entendu encore un nom barbare pour un produit qui l’est tout autant)

Le résultat est plutôt pas mal si tu veux mon avis. Je suis perfectionniste et généralement mes écrits laborieux comme mes chouquettes dégonflées suivent le même chemin, la poubelle. Cette fois-ci, mon test a été concluant. Je raccourcirai la cuisson de quelques minutes pour atteindre une couleur plus dorée qu’ambrée, mais le goût et la texture étaient définitivement agréables et satisfaisants. 

Une autre gourmandise que nous ne nous lassons pas de grignoter et de faire goûter autour de nous:

Honey roasted pecans 


Des pécans rôties au miel

Avant de quitter la France, j’avais décidé de me cultiver un peu pour mieux connaitre l’état où j’allais arriver. Je me suis donc retrouvée avec un exemplaire de « Texas » de J. Michener entre les mains. Un superbe roman retraçant l’histoire du Texas à travers le destin de héros réels et fictifs. Je ne peux que te conseiller de lire cet excellent roman, même si tu ne poses jamais un pied au Texas. 
C’est en parcourant ses pages que je suis tombée sur un passage en particulier. L’un des protagonistes qui a quitté le Tennessee pour tenter sa chance dans le Texas de 1823, découvre à l’automne ce qui ressemble à des noix sur le sol. Sa femme les fait sécher près du feu et les prépare de 3 façons différentes pour les vendre aux voyageurs de passage: « grillées, avec une pincée de sel ou enrobées de miel ».
 « Quand des voyageurs s’arrêtaient, ils se gavaient de noix […] tout en jouant aux cartes, et quand elle les servait au miel, ils se seraient battus pour en avoir davantage. Ces noix pouvaient fournir un des aliments les plus complets du monde ». 

Une partie de la récolte des pécans 2016


Les pécans sont vendus dans les supermarchés mais on prend un grand plaisir à les ramasser sous des arbres immenses à l’automne. Les plus belles sont dodues et tigrées et certaines sont encore dans leur coque quand on les ramasse. 

La dernière recette que je vais évoquer m’est particulièrement chère. C’est la première que mon fils a réalisée, elle n’est pas compliquée et les ingrédients sont simples. Ce gâteau est très populaire au Texas et est en vente à longueur d’années dans les rayons pâtisserie du supermarché où je me sers. 

Texas sheet cake

Texas sheet cake 


Ce gâteau est réalisé à base de popopopop, de poudre de cacao non sucrée et de cannelle. Si tu t'appliques, c'est d'la bombe, bébé, et si tu n'aimes pas, laisse pas trainer ton fils dans la cuisine: trois sticks de beurre dans le gâteau, du sucre en abondance et du buttermilk. T'es horrifié? Moi aussi. Et mon fils adore ça au point d'apprendre à cuisiner. Ça y est, il a le Texas dans la peau!

Je me doute que l’on puisse se sentir découragé par les conversions que demande le système américain. Mais tel le lapin qui sort du chapeau, j’ai l’outil imparable pour toi: « Le Guide de Survie Alimentaire aux Etats Unis » d’Estelle Tracy. Et ainsi, les ingrédients, les ustensiles et les conversions n’auront plus de secret pour toi vu qu’Estelle s’est dévouée pour tout rassembler dans son guide.
Tu n’as plus qu’à laisser tes talents culinaires s’exprimer!



Voici donc la recette de la garniture de la pécan pie. Pour la pâte, je compte sur toi, imbattable pâtissier(e) français(e). 

Pour un plat à tarte de 30cm de diamètre.
70g de beurre 
1 cup de Golden syrup (Lyle’s Golden syrup)
1 cup de sucre brun: de la vergeoise se rapprochera de la consistance de ce sucre américain.
1/2 cuillère à café de sel
3 oeufs battus
2 1/2 cuillères à soupe de rhum ou de bourbon (j'en ai mis moins pour ne pas agresser les papilles de ma progéniture)
1 cuillère à café d’extrait de vanille
1/2 cup de pécans en morceaux, 1 cup de pécans entières.

Dans une casserole, faire fondre le beurre à feu doux puis ajouter le sirop, sucre et sel. Remuer puis quand la texture est homogène, laisser refroidir et enfin ajouter les oeufs, le rhum et la vanille. Battre 10 minutes, jusqu’à ce le mélange soit plus léger. Ajouter les pécans, remuer. 
Verser le mélange sur la pâte. Arranger les pécans entières sur le dessus. Faire cuire 50 minutes d’après la recette à 190C. J’ai arrêté la mienne au bout de 40 minutes et j’aurais du l’arrêter plus tôt. 

Recette de Robb Walsh extraite de "Texas eats"







jeudi 2 mars 2017

Guide du Texas (suite) -L'Ouest - Le Big Bend



Le Big Bend


Quand on me demande quel est l’endroit que j’ai préféré aux Etats-Unis, la réponse n’est jamais claire. Ça a tendance à se bousculer un peu dans ma bouche, et j’ai du mal à choisir. Et puis ça ne va pas en s’arrangeant parce que même les destinations les plus incertaines m’ont procurées leur part de joie et d’excitation. 

Tiens, rien qu’au mois d’Août, l’Homme a participé à une compétition sportive au Nebraska. J’ai donc consulté une carte pour savoir où ça se situait (pas très bon signe). Pour info, le Nebraska, c’est en ligne droite au-dessus de ma tête. Tu traverses l’Oklahoma, le Kansas, tu piques à droite et tu es à Omaha.
L’Oklahoma, ses chanteurs de Country.
Le Kansas, son magicien d’Oz et du maïs, du maïs, du maïs ET un musée Kellogg's. 
Le Nebraska, Penny du Big Bang Theory? 
Tu vois que pour le tourisme, c’était pas gagné. 

Finalement, soit j’ai un caractère super heureux qui trouve du positif partout, soit l’Amérique ne déçoit jamais. Ceux qui me connaissent  parient sur l’Amérique. 
La preuve en image:



Omaha, passage couvert dans Old Market, Downtown Omaha
A mi-chemin entre Illinois et Nebraska, on dirait un fond d'écran Microsoft


Pour en revenir à mon guide du Texas, il y a sur mon podium virtuel, un road trip que j’ai adoré, et qui se trouve à ma porte.

Next services, 130 Miles.
Traduction: Fais le plein d'essence, fais un dernier pipi,
 et arrête le thé.

L’Ouest Texas


Quand on a décidé d’aller dans l’Ouest du Texas, j’étais très moyennement motivée. J’avais l’impression que c’était un désert ponctué de villes inintéressantes, de puits de pétrole, de serpents et de rochers. 
Je râlais qu’il n’y avait rien à y faire et que je ne savais même pas où on allait pouvoir bivouaquer… 
C’était Springbreak, je croyais qu'il allait faire froid, Charlie le Cat nous accompagnait, j’étais sûre que c’était moche et sec, bref, je ne voyais que des obstacles et des complications. 

Et puis, en discutant avec les Texans, en fouillant les profondeurs d’internet et la bibliothèque de ma ville, j’ai fini par trouver l’itinéraire parfait. 

C’est ainsi que l’on s’est retrouvé à visiter des cavernes dans le Desert du Chihuahua, traverser un désert de sel, crapahuter dans les Guadalupe Mountains, observer les étoiles à Fort Davis, attendre les lumières à Marfa, voir des tapis de fleurs dans le désert, faire un u-turn au Mexique et pleurer devant la Border Patrol...




Donc, les cavernes sont assez spectaculaires, surtout pour quelqu'un qui n'en a jamais visité de sa vie, même si on est d'accord, c'est pas Lascaux non plus.

Comme on était dans les parages, on en a profité pour visiter White Sands, qui est au Nouveau Mexique et n'a donc rien à voir avec le Texas. Mais ma photo est plutôt pas mal et faire un crochet par White Sands quand on est dans l'Ouest Texas, c'est clairement une broutille.


Coucher de soleil sur White Sands et la Sierra Blanca

Le Rio Grande qui serpente entre Mexique et Texas sur la route 170

Route 170 

Bluebonnets dans le Big Bend
Au pied des Guadalupe Mountains
Route vers Alpine


Le Big Bend

Ecrire sur l'Ouest du Texas ne serait pas complet sans parler du Big Bend. L"Homme y a fait une randonnée sur deux jours à laquelle je n'ai pas pris part. Les photos sont donc l'oeuvre de notre ami Mister T. qui en plus d'allier talent et dextérité dans une cuisine fait visiblement de même avec un appareil photo dans les mains. 






Quelques jours après leur retour, le Big Bend a fermé ses chemins de randonnée ainsi que ses lieux de bivouac, la raison invoquée était plus que convaincante: les ours étaient en goguette dans le parc. 





Une des raisons pour lesquelles je n'y suis pas allée.




























mercredi 22 février 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 5)




« The bicultural border cuisine called Tex-Mex is the most famous culinary hybrid in the state, but its not the only one. There are thirty-some ethnic groups in Texas, each one with its own folk foods and each one contributing to our statewide potluck. » 
Robb Walsh, writer and co-founder of Foodways Texas. 

Selon mon interprétation personnelle, ça dit qu’avec un mur entre le Mexique et le Texas, le Tex-Mex n’aurait jamais été aussi riche et varié, mais aussi que c’est l’immigration de plus de 30 groupes ethniques qui a permis à la gastronomie texane d’être ce qu’elle est aujourd’hui. 
Le chili en est la parfaite démonstration:
Le chili trouve ses origines dans un lointain ragoût Aztèque, et j’ai déjà abordé la présence dans certaines interprétations du chili, de paprika, épice phare du goulasch.
J’ai aussi découvert qu’une vague d’immigrants originaires des Canaries s’était établie du côté de San Antonio, Texas. Si tu cuisines un peu tu sais que le cumin est présent dans la cuisine d’Afrique du Nord jusqu’aux rives du Gange. Les premiers habitants des Canaries sont les Berbères et là, subitement, tu visualises le trajet du cumin à travers l’Atlantique jusque dans ton assiette de chili… dont il est un ingrédient incontournable. 


L’un de mes plats Tex-Mex préférés en road trip est les « huevos rancheros ». Il s’agit d’une purée de haricots écrasés grossièrement les « refried beans », sur lesquelles on a déposé une tortilla de maïs, deux oeufs au plat arrosés d’une sauce « red chile sauce» ou « green chile sauce » ou des deux si tu n’arrives pas à choisir. Dans ce cas, tu commandes des « Huevos rancheros Christmas » (rouge et vert, ça fait Noel!) et tout ça parsemé de dés de tomates, de coriandre fraîche et de fromage type fêta. C’est une tuerie gustative et si tu viens au Texas ou si tu vas au Nouveau Mexique, n’hésite pas à en commander!


Je dois aussi te dire que cette histoire de « yahoos » de Terlingua, abordée dans mon article « Texas cuisine partie 4 » m’a interpelée. Après recherches, il semblerait que Terlingua abrite un chili cook-off, une compétition internationale annuelle de chili. Tout s’explique! 
Apparemment, cette compétition se tient depuis les années 60 et a un succès fou. Les premières éditions ont été le théâtre de disputes, accusations et allégations de tricheries en tous genres. La discussion sur la présence des beans n'ayant fait qu'envenimer les choses. 


Competition de chili à Terlingua chez les "yahoos"

Je ne peux pas aborder la cuisine du Texas sans parler de la Dallas State Fair. Ceux qui l’ont visité, voient de quoi je parle et ressentent déjà les symptômes annonciateurs de la nausée.
La foire de Dallas se tient chaque année à l’automne et est le lieu de débauches culinaires que je suis incapable de défendre et de goûter et pourtant j’ai payé de ma personne pour ces articles. Il s’agit d’un concours de fritures improbables. Tout y passe: le Twix frit, le jello frit (gagnant de l’an dernier), cookies frits, tout ce qui se mange ou se boit, est irrémédiablement frit à un moment ou à un autre. Je passe mon tour définitivement. Mais si vous avez gouté à l’une des spécialités de la Dallas State Fair et avez survécu, laissez-moi un commentaire!

Comme tu vois, les plats déjantés ne manquent pas et si il y en a certains sur lesquels on a mis notre veto, il y en a un qui ne manque pas d’étonner à chaque fois que l’on en parle: le « beer can chicken ».
Très simple, le poulet entier vidé est posé sur une cannette de bière, que tu as bu préalablement jusqu’à la moitié, et mis à cuire sur un foyer indirect. La cuisson dure un peu plus d’une heure. On a prévu d’essayer. Je me demande dans quel état mon foie va rentrer en France. 

Au sujet de mon foie, je crois pouvoir affirmer que le prix de la meilleure margarita de Dallas Fort Worth va bientôt être décerné par le jury, composé de l’Homme et moi. 
Les finalistes sont:
La margarita à l’avocat de Meso Maya dans Downtown Dallas
La margarita au jalapeño de Malai Kitchen à Southlake

Il nous reste encore une petite visite à rendre à El Fenix, dans Downtown, je te tiens au courant évidemment. Il s’agit d’un resto mexicain qui existe depuis des décennies. Un truc de famille. M’est avis qu’ils doivent en connaitre un rayon sur la tequila… 

La prochaine fois, je te propose de passer au dessert. 

En attendant, je ne résiste pas à l'envie de partager une photo de mon dernier chili. A droite, le "North of the Border" AVEC BEANS, et à gauche, le "Bowl of red". Le manager du Tolbert's, Steven Ryan dit de son "North of the Border" que son grand-père le détesterait d'avoir mis des haricots dans son chili. 

Un "Bowl of red" et un "North of the Border"








vendredi 3 février 2017

Ma Texas Bucket List


Beaucoup de kilomètres avalés, beaucoup de dégustations plus ou moins regrettables, beaucoup de faux départs, beaucoup de ratages, mais avant tout beaucoup de découvertes et de bonheurs. 
Cette liste reflète 5 ans de road trips, de week ends mais surtout 5 ans de plaisir! 
Ladies and gentlemen, la TEXAS BUCKET LIST!




lundi 23 janvier 2017

Le Texas: cuisine et gastronomie (partie 4)



J’te parle du chili? Le fameux chili et la question que tout le monde se pose.
Y a-t-il des haricots dans le chili?


Texas chili: to bean or not to bean?

Tu veux créer une émeute? Subir un torrent d’insultes et te retrouver  accessoirement étalé en tenue de plage sur internet?
Affirme que le chili compte des beans (haricots) dans ses ingrédients.
Le magazine Texas Monthly en a fait les frais récemment, après qu’un de ses journalistes a donné sa recette de chili comprenant des haricots. Les commentaires outrés des lecteurs ne se sont pas faits attendre:

  • « Tu manges dans ton assiette et je mange dans la mienne, OK? »

  • « Blasphème! Hérétique! Philistin! Tu veux cuisiner une soupe aux légumes et à la viande? OK, fais ce que tu veux mais n’appelle pas ça un chili! JAMAIS DE HARICOTS! Et puis quoi encore? Trump président? »

  • « Okay, alors on s’encanaille? Rajoute un bâton de cannelle ou deux! (La suite est difficilement traduisible, mais l’idée c’est qu’il envoie le gars se gifler la tête avec sa propre langue!) »

  • « Ravie d’apprendre que tu as apprécié ce… peu importe ce que c’était, mais on sait tous que ce n’était pas du chili . »

Le courrier des lecteurs atteint alors son apogée avec cette lettre, la dernière, la seule en faveur des haricots: 

  • « Cette idée de ne pas mettre de haricots a été lancée par une poignée de yahoos (ne me demande pas, je sais pas!) en bas, dans ce qui fait tout juste partie du Texas: Terlingua. »

(NDLR: Terlingua est bien située au Texas. Au Sud-Ouest plus précisément. Il s’agit d’une ville fantôme au coeur du Big Bend. Le mystère reste entier sur l’origine de cette secte de Terlingua qui ne mettrait pas de beans dans son chili!)


Ce matin, alors que j’achetais la poudre d’épices pour mon chili, je demande à la vendeuse dont le badge indique sur le revers de sa veste qu’elle est texane:  « Vous mettez quoi dans votre chili?
-De la poudre d’Ancho (délicieux parfum de piment fumé très soutenu), ail, oignon, viande, tomates pelées en dés. 
-Pas de beans?
Elle me coupe la parole et fermement répète « pas de beans »
-Et la viande, coupée au couteau ou hachée?
-Hachée. (ici, la viande hachée du chili est hachée plus gros que celle que l’on connait en France)

Les tergiversations et autres divergences ne se limitent pas à la présence des haricots dans le chili.
  • L'orthographe aussi est un challenge:"chili", "chile", "chilli"?
  • De même, la découpe de la viande est un sujet partagé: viande hachée ou coupée au couteau?
  • Tomates ou pas tomates?
Et les épices et leurs variantes…

Les bases:

  • Apparemment, le top pour la cuisson réside dans le matériel utilisé, ce que l’on appelle un « dutch oven » est recommandé. (Une cocotte en fonte)
  • Un chili bien assaisonné suit une règle simple: 2 livres de viande pour 4 cuillères à soupe d’épices et 4 cups de liquide.

Les piments:

C’est là que ça se corse. Il n’y en a pas un mais tout un assortiment et en plus ils changent de nom selon le mode de préparation! 
Tu crois que le Jalapeño, frais et vert que l’on met dans le guacamole est différent du Chipotle sec et jaune? 
Raté! C’est le même, juste une version séchée et fumée et largement plus piquante!
De même, l’Ancho est la version séchée du Poblano. L’Ancho donne sa saveur au Chili du Texas!

L’Histoire avec un grand H

Finalement à l’origine, à qui doit-on le chili?

Il semblerait que les Aztèques puissent en réclamer la paternité. Les conquistadors espagnols auraient en effet découvert les premiers ragoûts d’épices et langoustes sur des marchés il y a presque 5oo ans. Les piments ne sont pas utilisés à cette époque pour relever les plats mais aussi parce que leur présence permet de stopper le développement des bactéries!

Les Espagnols ont diversifié les viandes du ragoût épicé des Amérindiens en amenant avec eux du bétail au 16e siècle faisant donc évolué le plat. Il semblerait que le premier chili soit tout de même apparu dans une tambouille préparée par un pauvre « Tejanos » (nom donné aux Texans avant l’Indépendance) en 1827 à San Antonio. Le pauvre type qui n’avait rien pour se sustenter mélangeait autant de bas morceaux de boeuf que de piments à son plat pour espérer attendrir la viande et lui donner du goût.

Point sur lequel l’avis des habitants du Nouveau Mexique diverge: 
Ils affirment que les premiers piments ont été cultivés dans leur état au 16e siècle. 
Oui, mais le bétail prenait son essor au Texas à la même époque, répondent les Texans.

Je t’avouerai que je vais passer mon tour, j’ai déjà du mal avec ma ratatouille, je ne vais pas tenter de m’immiscer dans les querelles de clocher Tex-Mex!


La recette

En bref, j’ai trouvé une recette pour un mélange d’épices pour chili dans un de mes bouquins de cuisine. C’est la méthode emmerdement maximum, mais faut c’qui faut:
Il est recommandé de « toaster » 5 Ancho secs entiers, puis 1 cuillère à café de graines de cumin les réduire en poudre dans un moulin à épices (je suppose que le moulin à café dans la famille depuis un siècle exposé sur l’étagère du haut fera l’affaire), ajoute une cuillère à café d’origan mexicain (rien à voir avec le Méditerranéen) et 1/2 cuillère à café de poudre d’ail. Remets tout ça dans le moulin de Grand Mamie,  mouline! C’est prêt! 

Sinon, méthode alternative, la mienne: tu vas au supermarché du coin et tu achètes la « chili powder » de  la marque Gebhardt, du nom d’un jeune immigré allemand qui a fait fortune en vendant sa poudre dans les rues de San Antonio. 
Le jeune gars avait eu vent de la réussite de Kotanyi, un Hongrois qui vendait les épices pour le goulash sur les marchés autrichiens! 
Si tu parles couramment le hongrois, tu sais que « goulash » est dérivé de « gulyas » qui signifie « cowboy » et désigne donc la soupe mangée par les cowboys dans les plaines de Hongrie! C’est fou, non?
Une soupe contenant du boeuf et des épices, cuite dans une grosse marmite à même le feu, mangée par les hommes qui s’occupaient du troupeau. 
Tu veux aller plus loin dans cet incroyable parallèle?
Très souvent le mélange d’épices pour le chili contient du paprika: l’épice phare du goulash!



Pour en finir avec les haricots, j'ai récemment lu une explication possible de la présence des beans dans le chili. Elle pourrait se justifier par les restrictions dues à la 2e guerre mondiale, et non pas à cause de l'hypothétique présence de "yahoos" du côté de Terlingua!
La consommation de viande étant restreinte, les femmes, démerdardes comme toujours, ont donc du trouver une alternative nourrissante. La variante du chili avec les haricots serait donc entrée dans les moeurs, et y serait restée.

La prochaine fois, je te parle d'un de mes plats préférés dans les diners (prononce daïneurz) entre Texas et New Mexico... 



"He is nothing but a damn vegetarian.*" Sam Houston





*Il n'est rien qu'un foutu végétarien