mercredi 17 octobre 2018

Home sweet home

Champs en Touraine l'été
La route vers l'accès à la propriété dans le sud. 


Je ne suis pas là pour dresser un bilan quelconque de mon année post retour. Personne n’a envie d’entendre des jérémiades. 
Je ne suis pas là non plus pour te parler du Texas. La page est tournée.
Je suis rentrée en avion avec mon chat sur les genoux, l’Homme à mes côtés, mes bagages dans la soute et des souvenirs plein la tête, avec des enfants heureux qui se réjouissaient de retrouver leurs familles. 

Il a bien fallu trouver un endroit où poser nos valises et nos cartons. Je vais te conter si tu veux bien, les aventures cocasses et curieuses auxquelles je suis confrontée depuis quelques mois. Car je côtoie dorénavant un corps de métier qui ne cesse de me surprendre et de m’agacer, les agents immobiliers.

Depuis un an, nous arpentons notre région, chronomètre en main, pour essayer de délimiter le territoire qui fera partie de nos recherches. 
Comme nous habitons dans une des villes les plus touristiques du coin, une des plus embouteillées et une des plus chères, nous avons du ré-examiner nos estimations à la baisse et le périmètre de recherche est actuellement tellement large que nous allons probablement changer de département. 

Nous sommes donc en location dans une maison et un certain nombre de nos cartons se trouve toujours dans le garage. Nous n’avons accroché aucun souvenir au mur en se disant que cela nous motiverait à bouger au plus vite. Un an que cela dure et ce n’est pas faute de chercher. Le retour m’a déprimé, la recherche d’une maison m’a laminé. Je fantasme en regardant les affiches publicitaires des magasins de bricolage et je jette rageusement les prospectus de décoration déposés dans ma boite aux lettres.

Depuis plus d’un an, je suis confrontée à des agents immobiliers qui me demandent mes critères, mon nom et mon email pour pouvoir me recontacter dès qu’une offre dans mes cordes s’annonce. Soit ils me promettent la lune et se montrent très enthousiastes pour mon « projet », soit ils sont défaitistes et m’expliquent que « dans la région, c’est compliqué et que vu notre budget et nos attentes, ça va être difficile ». Le genre de discours qui m’a fait proposer à l’Homme: « et en Bretagne, il est comment le bassin de l’emploi? »
Au vu des contacts et des propositions des agents qui se succèdent, je suis arrivée à la conclusion qu’eux et moi avons un sérieux problème de communication. Je n’ai pas d’autres explications.

Heureux celui qui n’a jamais eu à éplucher les annonces des agences immobilières. Le vocabulaire de l’immobilier doit vendre du rêve et te donner envie de visiter des trucs que si tes potes y habitaient tu t’inquiéterais pour leur santé mentale. 
Pour ma part, je suis bilingue. Comme l’expliquait Timsit dans un sketch que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, il faut savoir lire entre les lignes. « Clair » ne veut pas dire ensoleillé, « calme » n’est pas silencieux, « à rafraichir », c’est le bordel,  « prévoir quelques travaux », ça sent la ruine, et « accès autoroutier » me fait frémir.

Mes premiers appels, naïve que j’étais, se faisaient sur un mode timide et je répondais aux questions des agents avec candeur et espoir: je partais dans des envolées lyriques expliquant que je souhaitais une maison inondée de soleil, des grandes chambres dans lesquelles les rideaux se soulèveraient au rythme du vent l’été, un grand terrain où s’ébattraient Charlie le cat, mes futures poules, mes abeilles et ma chienne de poche. Un studio attenant où l’on recevrait nos amis et la famille et si possible une grande cuisine d’été au bord de la piscine.

Ca c’était au début. 
Les visites qui ont suivi, ont ressemblé à des guets apens qui m’ont plongé dans un scepticisme affreux. C’est eux? c’est moi? c’est la région? J’ai donc réduit mon débit verbal en espérant que mes attentes seraient plus lisibles. Je souhaite une maison avec des chambres de taille correcte, un jardin avec des arbres, un salon et si possible du soleil. 

Le temps a passé. Les visites se sont poursuivies.
Mes explications sont devenues des exigences et je commençais chaque contact téléphonique ainsi : « je cherche depuis un an et j’ai le couteau entre les dents, je ne veux pas d’une maison en plaquo qu’on va payer pendant nos 40 prochaines années, je veux une baraque en dur, un terrain sur lesquels les promoteurs n’ont pas commencé par raser la nature, je ne veux pas un terrain inondable, je veux un soleil apparent et du silence. »
Mes visites sont devenues plus clairsemées. 

J’ai donc changé mon fusil d’épaule. Et j’ai décidé de visiter un peu tout ce que les agents essayaient de me refourguer. 
Tu demandes une baraque individuelle? Tu trouves la maison mitoyenne sur 3 côtés. 
Tu demandes du silence, tu finis au bord de l’autoroute.
"Mais madame, ce n’est plus la saison!" (on est en septembre!)
"J’ai quelques maisons qui pourraient vous correspondre". (On se parle depuis trois minutes mais tu me connais déjà?)


Les visites, quoique plus rares, ont commencé à revêtir un caractère étrange: j’y allais avec une curiosité malsaine qui s’apparenterait à du voyeurisme. Qu’y a-t-il de plus intrigant qu’une bastide du 18è avec piscine à 300 000 euros à Aix en Provence? 
Tu juges avec mépris les spectateurs qui se précipitaient pour apercevoir Elephant Man et ricaner? 
Je suis eux, version immobilière.
Je prends tout. Une cuisine ringarde aux couleurs improbables? Une fissure qui coupe la maison en deux? L’autoroute dans le jardin? La piste d’atterrissage dans l’axe du portail? 6000m2 de pinède mais en bordure de l’A7? 


A défaut de trouver une maison, j’ai trouvé un hobby. 


(à suivre)




1 commentaire:

  1. La majorité des agents immobiliers sont incompétents, nuls, s'en foutent, et cerise sur le gâteau sont parfois en plus des truands. J'ai plusieurs expériences.
    En choisissant le sud, c'est encore plus difficile.
    Une suggestion : venez visiter le Cotentin.
    C'est la région de France où j'ai posé mes valises après avoir pas mal navigué y compris en Afrique (pour dire que j'aime aussi le soleil). C'est certainement une des régions les plus sauvages de France. Les gens y sont d'un abord sympathique et serein.
    Par contre pour le boulot, ça dépend… Mais quel boulot comptez vous faire dans ce sud?

    RépondreSupprimer