jeudi 6 novembre 2014

Beaufort et Hunting Island



Après Savannah, nous avions prévu de planter la tente à Charleston, en Caroline du Sud. 175 kms séparent les deux villes. Mais au dernier moment, j'ai voulu faire un crochet par Beaufort, la ville étape "idéale" selon le Routard. C'est surtout la ville de Pat Conroy et je tenais à la visiter pour imprimer dans mon esprit tous les décors qui inspirent ses livres.
Bonne pioche, non seulement, c'est beau (l'Homme en parle comme de son étape préférée pour ce roadtrip, c'est dire...) mais en plus, c'est bon, et oui, une fois n'est pas coutume, je vais parler gastronomie.

La spécialité du coin: les crevettes!
Comme l'énumère Bubba dans Forrest Gump, les crevettes s'accommodent un peu à toutes les sauces dans le Sud:

"Anyway, like I was sayin', shrimp is the fruit of the sea. You can barbecue it, boil it, broil it, bake it, saute it. Dey's uh, shrimp-kabobs, shrimp creole, shrimp gumbo. Pan fried, deep fried, stir-fried. There's pineapple shrimp, lemon shrimp, coconut shrimp, pepper shrimp, shrimp soup, shrimp stew, shrimp salad, shrimp and potatoes, shrimp burger, shrimp sandwich. That- that's about it".

Nous avons mangé des crevettes préparées selon la méthode locale, shrimps and grit: des crevettes en sauce servies sur une polenta moelleuse.
Nous avons tellement apprécié que nous avons mangé des crevettes quasi tous les jours. Même dans les bouges les plus improbables; notamment au Crab Shack de Chimney Creek!
Des tables en bois sur une terrasse au dessus des marais, les crevettiers qui accostent sur le quai en face, des guirlandes dans les arbres, des ventilos dans tous les coins pour éviter de mourir étouffé dans la torpeur ambiante, un parc pour bébés alligators à l'entrée, des chats ventrus qui les observent d'un oeil blasé, un gros trou au centre de la table, la poubelle, et un robinet d'eau au milieu de la terrasse pour se laver les mains à l'aide d'une mixture à la pulpe de coco ...
Nous avons adoré!



L'objectif de la journée étant quand même de visiter la patrie de Pat, nous sommes allés à la pêche aux renseignements. A la libraire du port de Beaufort, Pat n'était pas là, mais ses bouquins dédicacés, si. J'ai donc acheté le dernier avec émotion, sachant que Pat l'avait tenu dans ses mains, puis j'ai prié que le talent soit un truc viral et que je l'attrape sur un postillon qu'il aurait envoyé sur la couverture.




Comme j'étais malgré tout un peu frustrée, j'ai suivi les conseils de la libraire et nous nous sommes rendus dans le quartier des vieilles demeures de Beaufort où les Conroy auraient une maison. Sauf que, détail gênant, elle n'a pas voulu me donner l'adresse exacte, même quand j'ai sous-entendu que je venais de France pour les voir (Pat et sa maison).
Un arrêt au visitor center et une contravention plus tard, je n'avais toujours pas plus d'informations sur la maison Conroy, mais j'avais une carte des demeures historiques...












Evidemment, il faut aimer la mousse espagnole et les grosses maisons à colonnades...


Difficile de s'imaginer le paysage de la Caroline du Sud avant d'y avoir mis les pieds. Il s'agit d'une région appelée "Lowlands"( les Basses Terres). Entre marécages et océan, les nombreuses rivières courent entre les villes et les domaines, et il est très difficile de distinguer où se trouve la terre ferme. Chaque maison possède sa jetée en bois au bout de laquelle attend un bateau à moteur. Souvent, on aperçoit une échelle, un plongeoir, un banc, un drapeau.





Lorsque nous nous sommes promenés au bord de ces "marais", on entendait l'eau qui se retirait à cause de la marée basse et des bruits un peu plus inquiétants, qui témoignaient de la vie intense qui grouille au milieu de la végétation. Personnellement, je n'aurais jamais mis un pied dans l'herbe ni sauté dans la rivière au bout du quai.

Avant le départ, j'avais noté le nom d'une île en face de Beaufort, accessible par la route, Hunting Island. C'est un parc d'état, où l'on peut passer la nuit, si on a pris soin de réserver une place de camping, environ 2 ans auparavant. Ici, les places sont rares car les gens se déplacent dans leur RV, des camping cars géants, restent plusieurs semaines au même endroit et y reviennent d'une année sur l'autre.
Je n'avais évidemment trouvé aucun emplacement disponible avant le départ, mais pris d'une inspiration soudaine, nous avons décidé de pousser la balade jusqu'à l'entrée du parc.
La fée des campeurs devait nous avoir à l'oeil, car miracle! Une place venait de se libérer...
Nous avons donc décidé de modifier tout notre planning et de passer une nuit dans cet endroit.
Pour visualiser le paysage, souviens-toi de Forrest Gump au Vietnam. Les scènes ont été tournées ici, dans cette végétation incroyable.




Les lumières sont interdites sur la plage à la nuit tombée pour ne pas perturber les tortues qui viendraient pondre sur le rivage. Nous avons donc fait un tour les pieds dans le sable blanc et fin, dans la nuit noire et profonde, sans Lune, et profité du moment. Nous avons également rencontré un monsieur avec qui nous avons discuté, et nous aurions été bien en peine de le saluer au petit matin, impossible de distinguer quoique ce soit cette nuit-là!

Nous nous croyions au Paradis jusqu'au moment de nous allonger dans la tente...
Nous avons compris pourquoi il y a tant de RV dans les campings aux Etats-Unis, et si peu de tente:
l'américain SAIT que sans air conditionné, tu ne dors pas. Ou alors achète une tente moustiquaire.
Nous n'avons pas du dormir plus de deux heures cette nuit-là. Il faisait tellement chaud et humide, on avait l'impression que nous n'arrêterions jamais de transpirer... nous avons dormi dans une moiteur intenable, les matelas s'étant transformés en piscine de sueur...


Nous avons définitivement quitté Beaufort et ses îles dans l'après-midi, direction Charleston, sa baie, ses forts, et ses plantations...




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