lundi 31 août 2015

La rentrée


La semaine dernière, c'était la rentrée des classes.
Une semaine auparavant, nous avons donc participé à "Meet the teachers' night". Comme son nom l'indique, les enfants et les parents s'y rendent pour rencontrer celles et ceux qui les tourmenteront tout au long de l'année.
Sauf qu'ici, personne ne tourmente personne, on se retrouve en se serrant fort dans les bras, de la directrice au concierge, et en se demandant poliment où l'on a bien pu passer les trois mois qui viennent de s'écouler.
Tout le monde nous envie quand on répond Paris, et tout le monde fait la grimace quand on répond New York. C'est génial, on a l'impression qu'on leur a vraiment manqué et qu'on est amis!

Accessoirement, on achète le sac de fournitures scolaires auprès de la PTA, l'association de parents d'élèves. 40$ le sac! Je ne l'ouvre même pas, je n'ai rien eu à faire, pas de cohue dans le Walmart du coin, pas de panique devant la liste interminable dans laquelle se cachent des trucs que même le dictionnaire ne connait pas.
Je me souviens clairement des rentrées au collège, en France, où l'on recevait des listes longues comme le bras, surtout pour le cours d'arts plastiques, où la prof demandait des feuilles aux couleurs mystérieuses, des pinceaux aux dimensions introuvables ou autres feuilles à petits carreaux, à marge rose, perforées, avec des trous d'un diamètre égal à la racine carrée de l'âge du prof de maths. Tout ça, pour finalement ne briller dans aucune des deux matières sus-citées. (Apparemment, en français non plus, la pauvre, sa mère, la pauvre, ça lui a coûté un bras pour élever une analphabète, se disent les mauvaises langues)

Pour la première rentrée, comme nous étions étrangers, et donc dans le besoin après ce grand voyage, nous avons reçu une lettre d'une des grosses paroisses du coin pour aller retirer les fournitures gratuitement auprès d'un de leurs bureaux. Je ne m'y suis pas rendue, c'est bien connu, les expats sont outrageusement riches et il était hors de question de laisser planer un quelconque doute dans l'esprit de qui que ce soit.

Bon, en vrai, on était en vacances et on a raté la date. Mais j'ai quand même refusé poliment le sac de fournitures tout en les remerciant de leur générosité, laissant profiter ceux qui en ont vraiment besoin.

J'ai donc fait ma forte tête, je m'en suis chargée moi-même.
Les différentes listes de fournitures sont disponibles sur des portants dans les rangées du supermarché du quartier, selon la classe et selon l'école: mais oui, nous sommes en Amérique, on ne fait pas les choses à moitié, un minimum de déplacement étant le maître mot.
Jusqu'ici tout va bien.
C'est à la lecture que tu paniques: "Des chemises avec deux ou quatre poches intérieures avec deux battants centraux et des attaches parisiennes."
C'est parti, vous avez cinq minutes pour me traduire ça, et un indice: non, il ne s'agit pas d'un vêtement de pêche ou de chasse avec poches multifonctions mais bel et bien d'une fourniture scolaire...

Cette année, forte de mes expériences passées, j'ai donc commandé le bordel, assez éclectique d'ailleurs: essuie-tout, mouchoirs en papier, lingettes désinfectantes, classeurs, chemises à rabats à poches et machins parisiens... A quand le papier cul renforcé, triple épaisseur, avec impression forestière et senteur boisée?

On a donc fait un détour par Target, LE magasin qui fait frissonner de plaisir toute américaine qui se respecte. Nous aussi on a frissonné quand au détour d'une allée, nous avons déniché un stylo Bic à quatre couleurs. On était tout excité, on en a acheté deux pour fêter ça!

Mais je m'égare. Donc oui, "les enfants ont bien repris le chemin de l'école", selon la formule consacrée et ses rituels ont bien repris:

-Les filles, n'oubliez pas qu'il vous est interdit de porter des tee-shirts à bretelles de moins de trois doigts de larges et des shorts, jupes ou robes moins longs que vos bras.

-Le lavage des mains des élèves avec le flacon de désinfectant sans eau plutôt qu'à l'eau et au savon.

-Les parents et enfants qui se pointent en chaussons et pyj' à l'école sans aucune gêne.

-La cour d'école qui est un champ non clôturé.

-Des maîtres et maîtresses qui ne lèvent JAMAIS la voix, en aucun cas.

-Et voilà déjà revenu le temps des lunch box, que j'abhorre et oui, je pèse mes mots:
1/2 heure pour manger un repas préparé avec amour par tes parents (en vrai par moi, la mère donc) avec un mot doux sur un post-it (en vrai, que le jour de la rentrée, parce que sérieux, si en plus de jouer à Ducasse tous les jours, je dois aussi pondre du Shakespeare tous les matins, les vacances ne sont définitivement pas assez fréquentes) sachant que le repas doit tenir dans une boîte avec des poches à glaces, être équilibré et ne pas susciter des hauts le coeur chez les voisins de table.

Raté! Le premier jour, ma fille ouvre son tupper de dessert dans laquelle j'ai coupé une poire en morceaux, arrosée de quelques gouttes de citron et saupoudrée d'un crumble de spéculoos...
La gamine d'à côté a senti le truc et a produit une grimace ne laissant que peu de place à l'imagination.
Du coup, le lendemain, ma fille a sorti son repas, regardé sa voisine, et  lâché : "Je ne veux rien entendre, je ne veux même pas que tu le regardes!"

Et puis, voilà le retour de la chorégraphie du matin. Mister J., le concierge, se place au milieu de la route, tous les matins, pour faire la circulation, tout en scandant :"Ten minutes" jusqu'à ce que le temps imparti soit écoulé. Miss Lucienne, hurle de sa voix de stentor "Hurryyyyyy" et effraie tout le monde.
Les crossing guards, les bus jaunes, tout ça fait partie de la vie quotidienne de l'école tout comme la vitesse limitée devant l'école aux heures d'arrivée et aux heures de départ, 20mph, ( 30km/h), la menace de se faire arrêter si tu as l'imprudence de te trouver au téléphone dans le secteur de l'école, 200$ d'amende, et la fameuse double-file devant l'école.
Tout le monde peut déposer son enfant au drop off. C'est à dire que tu passes devant l'école, t'arrêtes le temps de le faire descendre et hop, reprends ta route. En aucun cas, tu ne dois te garer, à moins de stopper la circulation.
Sauf que...
Le premier jour d'école, ignorants que nous étions des us et coutumes des autochtones, nous avons enfreint la sacro-sainte règle. Nous nous sommes garés. Lorsque les gars de derrière se sont aperçus que le conducteur, l'Homme, semblait fermement décidé à fermer sa voiture et à la laisser là, je ne te raconte pas la panique: concert de klaxons, le gars de derrière en pleine crise d'apoplexie aussi rouge que ma voiture et Miss Lucienne qui hurlait comme une démente...
Inutile de te décrire l'état d'embarras apocalyptique des gamins pour leur première journée à l'école quand, pour couronner le tout, nous avons traversé hors passage protégé (par Miss Lucienne), dans la panique du moment...
Ça va, ça va, les gars. On se calme. Chez nous la double-file et le faufilage entre les voitures, c'est un art de vivre, ok?

On ne va pas se quitter sans que je te raconte non sans perfidie, l'épisode marrant que notre fils a vécu dans sa classe d'histoire cette semaine. Sa nouvelle prof d'histoire a commencé le programme dès le deuxième jour, les différentes sortes de gouvernement et a directement embrayé sur la monarchie.
Elle a donc cité différents pays d'Europe qui vivent sous le règne de la monarchie: Angleterre, Espagne... et France!
Là, notre fils lève le doigt et lui dit: "Madame, il n'y a plus de roi en France!"
Les autres enfants autour commencent à chuchoter : "Ouais, vas-y! Dis-lui" en riant.
La prof, un peu gênée, "Ah bon?"
Le petit reprend, "Je vous assure, ils sont morts y'a longtemps."
Et elle: "Ah oui, voilà, c'est ce que je voulais dire."



lundi 3 août 2015

L'Amour dure 3 ans



Apparemment, quand on célèbre un anniversaire un peu particulier, il est de bon ton de faire THE bilan. Perso, je ne sais pas trop, je suis intimement convaincue que le temps n'est pas cyclique mais linéaire et je m'octroie donc le droit de vieillir uniquement lorsque je suis prête et d'humeur.

Par contre, j'ai plusieurs raisons de célébrer cette fois sans prendre une ride:
Tout d'abord, je viens de pénétrer dans mon 17ème état américain et j'en suis super fière. Sauf que ce n'était pas un road trip, du coup, j'ai été volée sur la quantité et la qualité du voyage parce que les sky trips c'est moins rigolo et plus stressant, du coup, je m'inquiète, du coup, je me ride, du coup, je vieillis et du coup je dois réévaluer mon âge. Et le personnel de bord a beau être sympathique, on rencontre moins de monde, la découverte gastronomique est sérieusement restreinte, et tu peux pas acheter du fudge, des milk skakes et des magnets sur le chemin des toilettes, sans déclencher un regard inquiet de l'hôtesse.

Et oui, à l'occasion de notre voyage annuel dans la mère patrie, nous avons fait une petite halte dans un petit village de charme sur la côte Atlantique qui se nomme New York, je sais pas si tu connais.


Le principe était surtout de s'arrêter sur le trajet, un peu comme une énorme pause pipi sur la route des vacances. 
Surtout que vu les odeurs dans la rue, c'était super propice, pas besoin de se concentrer, le cerveau se dit: "Ah! Je reconnais cette odeur d'urine. Hé! En bas, préparez-vous, on doit pas être loin d'une aire d'autoroute!"

Perso, je m'attendais au mieux, à avoir une épiphanie ou un truc du genre en arrivant dans la grosse pomme, surtout qu'avant de se poser, on a survolé la Statue et là ça m'avait un peu mis les poils comme dit Jennifer, la poétesse de The Voice, au pire, des trémolos dans la voix au moment de repartir.
Finalement, New York, c'est tout ce que j'attendais.
Une ville qui va te saouler jusqu'à la gueule de bois. Tu en prends pleins les yeux, les oreilles, les pieds et pas mal dans le nez.




On a tenté d'analyser l'étendue des dégâts.
Pourquoi on n'est pas tombé en pâmoison?  Comment annoncer que t'as pas epiphané à NY sans passer pour un rabat-joie, un peu blasé? 
Déjà, on a évité les discours du genre: "NY? Mouais... bof, tu sais quand t'as vu la skyline de L.A., la chaleur de Savannah, la marée humaine de Vegas, tu sais NY c'est un peu show off, tu vois?"

-D'abord, on s'est dit qu'après trois ans de vie texane et de road trips, ben, New York, c'est un peu un pétard mouillé. On aurait eu un plus gros choc en la découvrant, vierges de l'Amérique.

-Ensuite, en arrivant tout frais de notre Texas, où la vie se fait dans des espaces à perte de vue, où le stress de la vie quotidienne revient à peu près à se demander si chez Starbuck's, y'aura mon "Peach ice tea lemonade, version thé vert", on s'est dit que pour sûr, on n'est pas des citadins. La surprise à l'arrivée quand tu regardes tes photos et que tu découvres que la libellule perdue sur Times Square a autant de clichés que l'Empire State Building le soir du 4 Juillet!
Ouais, je sais, ça fait bête, hein, mais vraiment, pendant ce voyage, j'ai compris un truc; c'est que clairement, ils ont beau vivre aux Etats- Unis, les américains vivent quelquefois dans deux pays différents.


- Je pourrais parler de la saleté et des odeurs des rues pendant un moment mais après on pourrait croire que je n'ai pas aimé cette ville, ce qui est faux, c'était un chouette voyage, une belle semaine, des endroits mythiques enfin découverts, une sorte de voyage initiatique nécessaire quand t'es un voyageur compulsif.





Bref, on a visité New York. Mais au départ c'était pas de ça que je voulais te causer, d'où ma deuxième raison de célébrer.

Voilà, demain, ça fera trois ans que nous avons débarqué au Texas. 
Trois ans déjà que j'ai écrasé ma larmichette en regardant par le hublot et en me disant "Ça y est, je vais vivre en Amérique!"
Après la trouille, l'euphorie, la nostalgie et l'inquiétude des débuts, il reste quoi?

Même si on a eu des moments de merde, même si j'ai paniqué, pleuré, et enragé plus d'une fois, je crois que le bilan est positif, on est heureux et on a pas mal évolué, en bien quelquefois, au cours de ces 3 dernières années.

-Dorénavant, j'éternue et je tousse dans mon coude. On pourrait discuter de mon choix de placer cette "évolution" en premier, mais c'est quand même un truc super important l'hygiène, et t'as pas vu la tête d'un autochtone à qui t'empruntes sa souris après avoir éternué dans ta main en pleine épidémie Ebola...

-Je ne klaxonne plus au volant et si je hurle des insanités aux conducteurs texans trop mous ou empotés, c'est en toute discrétion, dans ma voiture, vitres teintées fermées. (Oui, à ce sujet, on devrait sérieusement repenser le problème du permis à 16 ans avant ton départ, Barack.) Je me suis considérablement calmée avec un volant entre les mains et je tiens à présenter mes excuses à la personne que j'ai poursuivi en klaxonnant dans la zone industrielle de F. le 8 du mois dernier en France, sur plusieurs mètres, en criant fenêtres ouvertes: "Rentre chez toi connard", je me rends compte que c'était déplacé et injustifié mais que voulez-vous, j'avais 3 ans d'arriérés et ça avait besoin de sortir.

-J'essaye de moins me plaindre et j'évite de faire tout un plat quand je suis contrariée en public... Je tiens quand même à dire que les français sont peut-être râleurs, mais on n'est pas des moutons et je trouve que c'est une qualité malgré tout.

- Je trouve normal de faire mes courses à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, en ayant toutefois une pensée pour les personnes qui me servent, qui elles, préféreraient être en France; parce que sérieux, je ne me souviens plus comment on faisait, mais s'alimenter le dimanche soir après 19h relève du défi.

-Je peux faire la maligne à la fête foraine en tirant à la carabine, faire carton plein et me plaindre (sic) que "la carabine est trop lourde parce que  je préfère définitivement les pistolets".


Au final, le bilan est positif, à moins que l'on soit devenu des crétins imbuvables et que les copains fassent semblant de nous supporter deux semaines par an.




samedi 20 juin 2015

Austin, Houston, le Capitole, des lois, des armes et des morts...


Pour la première fois nous sommes allés visiter LA capitale du Texas, Austin.
Pour moi Austin, quand j'étais petite, c'était le nom de famille de Steve, le cosmonaute borgne un peu bling bling des années 80. Quelle découverte donc d'apprendre qu'il s'agit surtout de la capitale du Texas.
Comme tu le sais depuis que j'ai potassé l'Histoire du Texas, je suis intarissable sur le sujet, et en plus je suis bavarde.
Tu as ma permission pour sauter directement au prochain paragraphe si tu ne veux vraiment pas te cultiver un peu et briller en société...

En 1836, le Texas proclame son indépendance suite à la guerre contre Santa Anna, que je t'ai déjà raconté là. Le premier président élu est Sam Houston.

Sam

A la maison, on l'aime bien.
Sam a passé beaucoup de temps dans une tribu Cherokee dans le Tennessee, il a appris la langue et a même été adopté par le chef de la tribu.
Il est le seul gouverneur d'un futur état confédéré à rejeter la proposition de faire sécession.
Autre chose, Sam ne suce pas que des glaçons et ça n'a pas toujours joué en sa faveur...
Bref, il décide d'installer la capitale à Houston, (on n'est jamais si bien servi que par soi-même) alors que l'emplacement n'est pas très judicieux. La ville est près de la mer, et les moustiques pullulent dans les marais, et qui dit moustiques dit maladies...

Sam ne peut se présenter pour un 2 ème mandat, c'est Lamar qui prend sa place (celui-là a beaucoup moins nos faveurs) et ce dernier s'empresse de déplacer la capitale, Houston, vers Austin du nom de Stephen Austin, héros texan, le Père du Texas. Austin est situé près des territoires indiens et est difficile à réapprovisionner.
Ça devait aussi clairement lui arracher la bouche, à Lamar, de dire "Chérie, je vais à Houston pour le week end.". Sinon, sa politique concernant les Indiens est claire: au moins il y en a, au mieux il se porte...
En attendant, la dette du pays est colossale, les guerres enfoncent la petite République. Lamar, ne fait rien pour l'endiguer. Outre se débarrasser des Indiens, il soutient l'indépendance du Texas contre vents et marées et l'expansion du Texas vers l'Ouest...

Sam est finalement réélu après Lamar, il affirme que le Texas, noyé dans les dettes, ne peut pas s'en sortir seul et doit rallier les Etats-Unis.
Il va aussi bêtement tenter de ramener la capitale à Houston...
Les Comanches ont attaqué à plusieurs reprises Austin et les fervents défenseur de Houston pour capitale s'en servent pour stimuler l'opinion.
En 1842, après une brêve incursion des Mexicains en territoire Texan, Houston va saisir l'opportunité et faire charger toutes les archives dans des chariots pour les ramener à Houston, au nez du congrès qui a clairement statué contre!
Toutes les archives sont sur le départ, lorsqu' Angelina Eberly, une habitante d'Austin avec un tempérament de feu, sort de chez elle et se dirige vers un canon placé non loin de là et tire à plusieurs reprises sur les hommes de Sam, en train de déménager!
Les hommes de Houston s'enfuient et les archives sont installées définitivement à Austin...



Donc Austin, est la capitale du Texas, et aujourd'hui, crois-moi, on peut y aller pour le week end, sereins et décontractés, la seule chose qui puisse t'arriver, c'est un coup de soleil!

La façade du Capitole orné des 6 drapeaux ayant flotté sur le Texas




L'Histoire du Texas en sculpture

Vu d'en haut, sous la coupole, les 6 drapeaux, tu les reconnais tous?
La France (les fleurs de lys), l'Espagne. la République du Texas, les Etats Confédérés d'Amérique et les Etats Unis.

Le capitole est superbe et mérite le détour. On l'a visité un dimanche et surprise!





Les sénateurs étaient en pleine session, accompagnés pour certains de leurs rejetons endimanchés en train de dessiner ou pianoter sur leurs tablettes.
La question débattue va te faire dresser les cheveux sur la tête puisqu'ils discutaient de passer une loi permettant de porter des armes sur les campus.
Les panneaux d'affichage sur les côtés portent le nom des sénateurs et permettent le comptage des votes.
Tu seras enchanté d'apprendre que la majorité a voté oui et que dorénavant, les élèves et les profs pourront se rendre en cours, armés, pour pouvoir se défendre au cas ou un fou dangereux ferait irruption. Evidemment, il est tout à fait improbable et ridicule d'imaginer qu'un prof en plein burn out, un élève revanchard mal noté ou le coeur brisé par sa chérie en profite pour décharger son arme automatique en plein cours...

Il y a deux jours, un fou a ouvert le feu dans une église de Charleston, une jolie ville de Caroline du sud, que nous avons visité l'année dernière.

Selon Charles Cotton de la NRA, la faute en incombe au pasteur qui refusait le port d'armes dans son église. "Ces innocents sont morts à cause de sa prise de position dans un problème politique".
"Eight of his church members who might be alive if he had expressly allowed members to carry handguns in church are dead. Innocent people died because of his position on a political issue.”

Obama a pris la parole, déplorant qu'il devait le faire bien trop souvent à son goût pour ce genre de raisons.

"At some point, we as a country will have to reckon with the fact that this type of mass violence does not happen in other advanced countries. It doesn’t happen in other places with this kind of frequency. And it is in our power to do something about it.”

Comme aurait dit Hamlet, "il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark"


Un peu d'histoire (suite)


C'est en visitant l'Ouest que l'histoire du Texas nous a sauté aux yeux. Certaines villes et certains paysages sont fixés dans le temps.

Le diner de Fort Davis, très années 50.

La banque de Fort Davis, sur la rue principale.

Un moulin à vent ici, une vieille banque là, on a visité un vieux fort, le Fort Davis, dont il ne reste pratiquement rien aujourd'hui, mais on a appris l'origine des Buffalo Soldiers, et oui, ceux que célébrait Bob Marley!
Il s'agit des régiments uniquement composés de Noirs qui construisaient les forts, les avant-postes, les routes, utilisés par les familles qui partaient vers l'Ouest.
Suite à la guerre de Sécession, le gouvernement autorise la création de régiments, uniquement composés d'Afro-Américains, des régiments de cavalerie et d'infanterie.
Ce surnom leur a été donné par les indiens en rapport avec leur chevelure noire comme la fourrure des bisons mais aussi pour leur courage et leur ténacité dans la bataille. Souvent menés par des officiers blancs, ils ont gagné leur liberté en combattant pendant les guerres indiennes...
Quelle époque délicieuse!
Quand je te disais que l'Histoire du Texas valait bien la sauvagerie de notre propre Histoire.



Puis on a visité des maisons où vivaient des familles de pionniers, qui quittaient l'Est du pays et décidaient de gagner ces terres où ils avaient l'impression que tout était  possible.
En plein désert de rocailles aux pieds des Guadalupe Mountains, je me suis demandée plus d'une fois comment les femmes survivaient: elles élevaient leurs enfants loin de tout, dans des températures extrêmes, loin de la ville, sans eau courante, sans voisinage.
Pas de place pour la faiblesse.
Dans ce décor, une famille s'y est établie et une fois par semaine, les parents et les enfants cheminaient toute la nuit pour aller vendre leurs produits sur le marché.


Evidemment, on peut se dire qu'en France, certains paysans en faisaient tout autant.
La grosse différence, ce sont les températures texanes, le danger de rencontrer serpents, renards et coyotes et/ou indiens agressifs.
Perso, je n'aurais pas tenu une minute.T'as gagné, Darwin! Je n'aurais pas survécu là-bas: Un bébé malade en plein centre ville et je paniquais, alors au fin fond du Texas...

Le manque d'eau est aussi un problème dans ces contrées reculées. On a souvent croisé ces petits moulins à vent:

Ils sont appelés "windmills", donc la traduction littérale de nos bons vieux moulins à vent, sauf qu'ici, ils sont petits, sont pourvus d'une "tail", le petit gouvernail qui s'oriente selon le vent, et surtout ils servent à pomper l'eau du sous-sol. Un bon moyen d'irriguer son champ et de créer des abreuvoirs pour son troupeau qui se promène sur des hectares de terre.

D'ailleurs, ces grosses bêtes profitent de l'espace qui leur est offert et ont tendance à se mélanger avec les vaches du voisin...
C'est à cette époque que le fil de fer barbelé fait son apparition, permettant aux ranchers de délimiter leurs terres, de protéger leurs bêtes, de protéger leurs champs.
Facile à installer, efficace: inventé en 1867, il révolutionne l'Ouest.

Un ranch à quelques minutes de Bedford

Encore aujourd'hui, lorsqu'on visite le Texas, on découvre ses ranchs immenses, protégés par du barbelé, des champs à perte de vue et des entrées de ranchs imposantes.










mercredi 17 juin 2015

Un peu d'histoire...

Coucher de Soleil sur l'Ouest du Texas entre Alpine et Marfa...

Il fait chaud dehors, la clim et le chat ronronnent, c'est une bonne journée pour discuter un peu. Je vais essayer d'être claire et concise. Je vais essayer de suivre le conseil de John Wayne:  "Talk low, talk slow and don't say too much". (parle bas, parle doucement et n'en dis pas trop)

En 7ème grade, la 5ème en France, le cours d'histoire porte intégralement sur l'Histoire du Texas. Au début, évidemment, franchouillarde, j'ai râlé, trouvant que c'était un peu restrictif.
Comment ça? Les enfants vont se voir épargner les longues listes de rois sadiques et sournois dont les règnes ont jalonné l'histoire de France?
Et bien, finalement, le Texas a aussi son lot de joyeusetés historiques, massacres et trahisons, tu seras ravi de l'apprendre.

Tout a commencé au Texas dans ces immenses plaines où les couchers de soleil te révèlent chaque soir une nouvelle nuance de pourpre...
Les bisons y vivaient, bonnards, sur une chouette superficie qui ferait baver d'envie quelques agents immobiliers, qui s'étendait du Canada au Sud du Texas. Principale source de subsistance des tribus indiennes, ce petit monde se trouva bouleverser quand l'Homme blanc, notre ancêtre à tous, décida de faire main basse sur ces terres.
D'abord en chassant les bisons... jusqu'à l'extinction.

Un bon chasseur pouvait tuer plus de 60 bêtes en 2 heures.
Le gouvernement encourageait le massacre des bisons, persuadé que si la nourriture principale des indiens venaient à manquer, ces derniers finiraient par rejoindre les réserves. Le choix était simple, résister et mourir de faim ou plier et rejoindre les réserves...
Inutile de préciser qu'en quelques années, le "problème indien" a été réglé et les bisons sont devenus une espèce en voie de disparition.

Une fois, la menace indienne écartée, la place était faite pour que les nouveaux arrivants viennent s'installer et commencent l'élevage des vaches.
Pourquoi les vaches précisément vas-tu me dire?

Parce que le terrain s'y prêtait bien.
Le climat et la géographie du Texas étaient propices à l'élevage, et les pâturages semblaient s'étendre à l'infini.
Les ranchers Texans ont subi 2 influences, d'abord les ranchers venant des Etats Unis ont apporté avec eux les techniques des anglais: des troupeaux plus petits, derrière des barrières, et des gars à pied.
Petits joueurs les British...
Puis, influence espagnole en passant par le Mexique: des ranchers à cheval, qui travaillent avec des troupeaux en liberté, et des lassos...

Les Texans ont allié le meilleur des deux et créé leur style propre... le style sexy.






mardi 21 avril 2015

On dirait le Sud...



Le Texas n'est pas dans l'inconscient collectif la destination la plus sexy d'Amérique. Il suffit de comparer le nombre de guides existants sur New York, San Francisco, les grands parcs de l'Ouest ou encore la Louisiane avec ceux sur le Texas.

Lorsque nous avons appris que notre expat était acceptée, à la question "et vous allez où alors?" les réponses n'étaient pas aussi emballées que si on avait répondu Los Angeles.
J'en ai entendu des blagues sur Dallas et son univers impitoyable, Sue Ellen et son apéro, mais c'est de bonne guerre. Finalement, si on se fie seulement à ce que l'on voit à la télé, et c'est bien connu la télé c'est comme internet, ça ne raconte que des vérités, le Texas ne gagne pas vraiment à être connu.

La peine de mort, le port d'armes, les milices anti avortement, les intégristes religieux et dans une moindre mesure, l'hostilité de la météo, et "la concentration de ploucs arriérés"... je ne l'invente pas, je l'ai entendu!

Je vais tenter de te convaincre que la réalité à laquelle je suis confrontée quotidiennement est différente.

Pour commencer, j'applique une règle qui m'est très précieuse, quand je suis reçue chez quelqu'un, j'évite de faire un esclandre et de donner mon avis alors que je ne connais encore rien de la culture ou de l'histoire de mon hôte. J'ai des opinions, je les garde pour moi, je les laisse évoluer au fil du temps et j'essaye de comprendre le point de vue de l'autre. 
Ça m'a bien servi quand nous avons visité l'Israel. Tu évites de ramener ta grande bouche de français qui vit au chaud et à l'abri pour donner des leçons de morale à des gens qui vivent avec un abri anti-aérien coincé entre la cuisine et la buanderie.
Ici, c'est pareil, j'aurais eu l'air ridicule de crier à tous les vents "c'est quoi ces gens qui tirent dans tous les sens avec leur gros calibre?" alors que je suis secrètement convaincue d'être la réincarnation de Calamity Jane.

Pour ce qui est de la religion, priez pour nous pauvres pêcheurs, nous ne sommes pas nombreux à ne pas nous rendre à une des paroisses du coin le week-end.
Ma voisine, l'année dernière, m'a proposé de nous emmener les enfants et moi à la messe de Pâques de sa paroisse, elle savait que j'étais seule, mon mari en déplacement, j'ai poliment refusé.
Et puis quoi encore? On y va QUE pour faire plaisir à ma belle-soeur, et elle, elle nous autorise à sortir boire un coup au café d'en face au bout d'une heure de messe pour nous récompenser.

De même, une de mes plus proches amies ici, est très "spirituelle":  en français, ça ne sonne pas bien, on croirait que j'ironise, mais c'est le mot qu'elle emploie pour parler de son attachement à la religion. Elle passe beaucoup de temps à sa paroisse et parle beaucoup de l'influence de Dieu dans sa vie.
Je ne pensais pas que nous pourrions être amie la première fois que je l'ai vu, elle m'impressionnait un peu et quand j'ai tenté de faire de l'humour en lui expliquant ce qu'était une grenouille de bénitier, elle n'a pas ri.
Je me suis aperçue qu'elle a un humour très pince sans rire et elle est, comme ils disent ici, "non judgmental", elle ne juge pas, est très sereine, très amusante et j'apprécie les moments passés avec elle.

Nos enfants ont eux, eu affaire à des coriaces. Dans la classe de la plus jeune, les élèves ont du former des équipes, "Team Jesus" a été proposé par un des gamins. Ce à quoi ma fille a répondu: "Hors de question, je ne veux pas être dans la Team Jesus!"
Quand je lui ai demandé quelle était sa raison, elle a dit qu'elle voulait être "les Fantastic Five".
Mon fils a lui aussi été questionné sur ses croyances et sa paroisse: "Je ne crois pas en Dieu", le gamin n'a pas accepté sa réponse et lui opposa un imparable "Qui est-ce qui t'a fait alors?"

Evidemment, en tant que française, je suis horrifiée par ce que je vois ou entends parfois, certaines lois, certains faits divers. Mais je crois qu'avant de claironner mes opinions auprès des Texans, je vais commencer par balayer devant ma porte.
Y a-t-il plus énervant que d'entendre des étrangers nous donner des leçons quand ils débarquent en France?
J'ai exprimé mon point de vue publiquement une seule fois depuis que nous sommes ici en signant une pétition concernant le background check (se pencher sur les dossiers criminels, financiers, etc...) des personnes achetant des armes à feu. C'était après la tuerie de l'école Sandy Hook. Je confie mes enfants tous les jours à l'école du District, même si je ne vote pas et ne suis pas une citoyenne américaine, j'ai ressenti le besoin de m'exprimer.

Il m'arrive d'intervenir sur certains forums pour répondre aux questions de futurs expats à Dallas. Je suis désespérée par la diarrhée verbale affligeante de certains intervenants habitant d'autres états, du genre:

"Le Texas c'est la religion protestante, accompagnée de sa mosaique de sectes protestantes diverses poussée a son extrême, mais c'est aussi les armes, le climat tropical, les immensités, le pétrole, les vaches, les exploitations agricoles gigantesques, les tornades.
Sinon il y des beaux coins a visiter. En général, les Européens qui y vont ni restent jamais très longtemps"

Après avoir décrypté le message du gars, j'ai compris qu'apparemment toute la première partie de la phrase est ce qui doit faire peur, donc, la religion protestante c'est comme les armes. Sans parler du climat "tropical", on se demande pourquoi les gens se payent des voyages sous les Tropiques; l'immensité, oui, ça craint, j'ai horreur de ça:


Les vaches.
Sérieux? 
Tout ça, classé, tiens toi bien avec les tornades. Je crois qu'on peut définitivement affirmer que Moise, son pharaon et ses sauterelles, c'était du pipeau à côté du Texas ET ses protestants ET ses vaches.
Et les Européens qui ne restent pas longtemps. Il n'a visiblement jamais foutu les pieds ici. 

Pour finir, je ne vais pas t'expliquer ce qui est bien ici, je vais juste te donner des indices:

-Si les gens continuent à s'installer dans l'état qui a le plus grand nombre de tornades par an, 153 en moyenne, c'est que ça vaut vraiment le coup d'oeil.

Port Aransas et Mustang Island au sud et ses éclosions de tortue,


l'ouest et son relief désertique tourmenté,


 le Palo Duro au Nord, le deuxième plus grand canyon des Etats Unis


et le Caddo Lake à l'est, le seul lac naturel du Texas qui est en plus un bayou...


-Que le Texas au printemps c'est un tapis de fleurs sauvages.


-Qu'au cours d'une balade à 5 minutes de chez moi, j'ai vu un tatou, un coyote, un joli raton laveur et un moccasin d'eau.

-Que tu peux admirer des Texas Longhorns, la seule race de vaches qui grâce à ses longues pattes a été capable d'endurer des marches de milliers de kilomètres, la rigueur de l'hiver Texan, la chaleur de l'été Texan, le manque de verdure et d'affronter des coyotes...

.
-Que la maire de Houston, réélue 3 fois, est ouvertement homosexuelle et vient de se marier à celle qui partage sa vie depuis 23 ans.

-En France, vous avez entendu parler de Ted Cruz sénateur du Texas, et de ses opinions, euh, tranchées... Oui, le Texas est républicain. On t'a dit que Houston, Austin et Dallas sont des villes démocrates?

-Et que pas moins de 6 nations ont planté leur drapeau au Texas, dont la France... et que le Texas est le seul état qui peut se targuer d'avoir été indépendant pendant près de dix ans.

Je pourrais te parler des couchers de soleil sur les plaines, du désert, des ranchs, des Dallas Cowboys, de l'accueil des Texans, du BBQ, sois patient, ça viendra...





jeudi 16 avril 2015

Liebster Awards

Nomination aux Liebster Awards



De quoi s'agit-il ? C'est une récompense virtuelle pour permettre de faire connaître des blogs nouveaux ou qui mériteraient d'être connus (et qui ne le sont pas assez !) autour de soi. Pour moi c'est la première fois et c'est Séverine du blog Expatriation and more, qui m'a gentiment invité à répondre à ses questions.

Il faut donc procéder ainsi :
- Écrire 11 choses sur soi
- Répondre aux 11 questions qu'a posé la personne qui vous a nommée
- Taguer 11 blogs et leur poser 11 questions (11?! ça c'est pas gagné!)
- Mettre le lien vers leur blog sur l'article
- Les tenir au courant de leur nomination
- Informer la personne qui vous a nominée que vous avez relevé le challenge !

11 choses à savoir sur moi :

1- J'aime cuisiner 
2- J'ai appris à tirer au 9mm depuis que j'habite au Texas
3- Je suis terrorisée par les serpents et les tornades
4- J'aime prendre des fleurs en photo et chercher leurs noms, pendant des jours si il le faut
5- J'adore lire
6- J'adore les grands espaces américains
7- J'aime regarder des séries 
8- Et reconnaître des endroits où nous sommes allés
9- Je déteste Scandal, je ne supporte pas l'héroine et son verre de gros rouge qui tache dès qu'elle est triste, ses collègues qui la vénèrent, et ce président qui ne pense pas beaucoup avec sa tête et qui picole trop.
10- J'aime la Country, et je suis la première surprise 
11- J'aime vivre au Texas mais mon coeur est en France

Les 11 questions de Séverine :

1- Pourquoi écris-tu un blog ?
Comme tous les blogueurs, je suppose: envie de partager, aimer écrire, garder une trace

2- Pourquoi ce nom pour ton blog ?
Ce sont des paroles d'Aznavour dans" Emmenez-moi": "Ils viennent du bout du monde apportant avec eux des idées vagabondes aux reflets de ciel bleu, de mirage"

3- Quel est ton parfum préféré ?
Le parfum de la garrigue en été

4- Quelle est ta plus belle qualité ?
Je crois que je suis tolérante

5- Quel est ton pire défaut ?
Je suis pessimiste 

6- Quel est ton sport préféré ?
Le baseball depuis que mon fils y joue! 

7- Quel pays voudrais-tu visiter ?
Norvège, Maroc, Grèce, Egypte, Italie encore et toujours!

8- Quelle est ta couleur préférée ?
Fuschia

9- Quelle est ton endroit préféré en France ?
La Mer Méditerranée

10- Vin blanc, rosé ou rouge ?
Blanc, liquoreux, français...

11- Salé ou sucré ?
Peu importe mais sans cannelle, ça changerait!

Les blogs que je nomine:


Les 11 questions que je leur pose, aidé du questionnaire de Pivot repris par James Lipton à l'Actor's Studio: (j'adore)

1- Quel est ton mot préféré?
2- Le mot que tu détestes le plus?
3- Qu'est ce qui te séduit artistiquement?
4- Qu'est ce qui te rebute artistiquement?
5- Ton gros mot favori?
6- Quel bruit ou son adores-tu?
7- Quel bruit ou son détestes-tu?
8- Quelle profession aurais-tu aimé exercer autre que la tienne?
9- Quelle profession refuserais-tu d'exercer?
10- Si le Paradis existe, que souhaiterais-tu que Dieu te dise à ton arrivée?


Je sais que vous risquez d'avoir déjà été sollicités, j'espère que vous serez malgré tout motivés pour répondre comme les stars chez James! Bon courage